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Sémiologie des Troubles du Comportement Alimentaire: de la restriction à l'abus - Dr Christine FOULON |
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La sémiologie des troubles alimentaires : de la restriction à l'abus Mots clés : anorexie mentale, boulimie, hyperphagie, obésité, Dr Christine FOULON Psychiatre Paris C’est un sujet auquel je m’intéresse depuis plus de 10 ans et j'espère répondre partiellement aux questions posées. Quelques données que nous apprennent nos collègues chercheurs : je vais vous donner quelques éléments pour essayer de comprendre le comportement alimentaire humain normal, ce qui déjà n'est pas une mince affaire. Les individus ne seraient pas tous égaux dans le contrôle de la prise alimentaire, les chercheurs se dirigent actuellement vers la notion d’individus avec des signaux physiologiques forts et d’autres avec des signaux physiologiques faibles. Les femmes seraient peut-être des individus à signaux physiologiques plus faibles que les hommes et elles auraient moins de facilité à réguler de façon certaine leur prise alimentaire. Plusieurs mécanismes rentrent en jeu : les mécanismes de faim, de satiété et de rassasiement, des mécanismes physiologiques qui sont probablement apparus dès l'arrivée de l'homme sur la terre, et autre aspect intéressant qui lui va avoir des retombées thérapeutiques, c’est tout le problème des apprentissages alimentaires, c'est-à-dire que les individus vont apprendre, ce qui n'est pas innée, à s'alimenter, ce qui va nous expliquer aussi que les gens mangent de façon très différente selon les cultures et qu’ils ne sont pas pour autant dans l’anormalité ou le pathologique. 2- Les déterminismes physiologiques : on peut les comprendre, il faut s'alimenter pour vivre, il faut que l'organisme reçoive toutes les catégories de nutriments. Il est probable qu'au niveau de notre cerveau nous avons des capteurs, des récepteurs sensibles à tous les types de nutriments, pas seulement aux glucides et aux lipides mais également aux acides aminés. Il s'agit là de travaux passionnants réalisés dans les pays anglo-saxons. Les déterminismes psychologiques sont tout aussi importants, chacun sait que d'avoir de l'anxiété peut couper l'appétit, ou que certaines préoccupations chez certains individus vont déclencher des prises alimentaires plus importantes, mais tout cela finalement dans des fourchettes très tolérables qui ne vont pas à proprement parler, constituer des troubles. 3- les aspects comportementaux : nos rejets et nos goûts alimentaires sont probablement des comportements appris, au fil des expériences qu'on va apprendre à aimer ou ne pas aimer certains types d'aliments. Classiquement les aversions alimentaires se conditionnent assez vite : c'est l'exemple typique du plateau de fruits de mer, on a été malade, et pendant des dizaines d'années on ne peut plus jamais réintroduire ce type d'aliments. Les préférences semblent s'acquérir de façon plus lente, c'est la Madeleine de Proust, c'est le fait qu'un aliment a des qualités sensorielles propres, s'il vous a été donné dans un contexte affectif particulier, il laisse une trace dans notre mémoire et nous développons un certain type d'appétence pour certains aliments. 4- Les déterminismes environnementaux : ils sont importants car plus tard lorsque nous parlerons de la pathologie et des désorganisations, nous serons en charge de restaurer tous les aspects. Les chercheurs du Collège de France nous donnent des données comme Jeanine Louis Sylvestre ou France Belle-Isle. La vie en société impose les horaires des repas qui ne sont en aucun cas au départ établies par des contraintes physiologiques. En France on mange globalement toujours trois repas par jour, petit déjeuner déjeuné et dîner ; dans d'autres pays il n'y a que deux repas par jour comme au Vietnam où les gens mangent le matin une soupe à base de viande et de végétaux et des poissons en fin de journée. On ne peut pas dire que les Vietnamiens ont des troubles alimentaires. Il faut donc identifier un trouble alimentaire en fonction de la culture dans laquelle on est. La neurobiologie a donc dû se plier aux contraintes sociales ou professionnelles. Les industriels connaissent très bien nos manies et nos manières. Ils veulent savoir quoi nous vendre et quoi nous faire manger. Il n'y a pas de philanthropie. Ils sont donc aussi promoteurs d'études sur l'analyse des comportements alimentaires humains normaux. Les troubles alimentaires ont de beaux jours devant eux. Globalement l'homme aime ce qui le nourrit, il est en appétence sur des aliments riches, c'est-à-dire glucidolipidique, que l'organisme est fabriqué pour compenser des dettes ou des jeûnes, mais il n'est pas bien fabriqué pour compenser des excès. Il est probable que l'évolution va se faire vers un surpoids de l'humanité car nous sommes mieux équipés pour compenser un manque. Attention aussi aux modèles animaux utilise les fondamentalistes pour étudier le comportement alimentaire car ils étudient à partir de rares, de souris, des rongeurs, animal qui mange la nuit et pas le jour alors que l'être humain est à l'inverse. Le comportement alimentaire humain doit tourner pour son propre compte mais il a une propension à se dérégler et à se désorganiser qui est importante. Est-ce de plus en plus important ? C'est une autre question. On reste peu informé des étiologies, des causes de ces troubles et de la manière dont se déclenchent ces désorganisations qu'elles soient mineures ou majeures. Facteurs étiopathogéniques : d'abord les facteurs biologiques car ce sont ceux dont on parle le plus actuellement. Ils se développent mais ils n'ont pas de retombées directes dans la compréhension du trouble chez nos patients, ni dans les aspects thérapeutiques. Beaucoup de neuropeptides sont impliqués dans la prise alimentaire, certains dans le sens de l’orexie, d'autres dans le sens de l'anorexie. On parle beaucoup de la leptine qui est un marqueur de l'activité de la masse grasse, la gréline qui est un peptide sécrété par l'estomac et qui serait un signal de faim et encore le neuropeptide Y etc. Tous ces peptides sont à l'étude chez le rat mais aussi chez l'homme et chez l'homme malade, sous la forme de dosage périphérique plasmatique. Il n'y a pas de conséquences concrètes pour l'instant en 2004. La notion de séparation précoce est un autre facteur étiologique souvent évoqué surtout chez les adolescentes, avec des troubles précoces dans le développement psychologique de l'enfant dus à des séparations entre zéro et deux ans. Tout le problème des abus sexuels dans l'enfance ou à l'adolescence a été beaucoup traité depuis quelques années comme pourvoyeur de troubles du comportement alimentaire, mais on sait également que c’est pourvoyeur d'autres troubles des conduites comme les tentatives de suicide, dépression, troubles graves de la personnalité. Je cite également les interactions familiales. On a beaucoup tiré à boulets rouges sur les parents des patientes atteintes de troubles alimentaires mais il faut rester vigilant car les interactions familiales peuvent être aussi les conséquences de l'arrivée de la maladie dans la famille, il faut donc prudence garder. Les facteurs socioculturels sont souvent invoqués dans la genèse des troubles et ont un petit déterminisme mais ils interviennent essentiellement dans l'expression clinique du trouble beaucoup plus que dans son réel déclenchement. Et puis les facteurs génétiques qui sont certes prometteurs et excitants, mais là encore sans donner lieu à l'identification de gènes candidats ou de mutations particulières à l'origine directe des troubles du comportement alimentaire. Voilà où nous en sommes au niveau des causes, nous sommes donc gênés pour répondre aux patients ou à leur famille à la question pourquoi j'ai cette maladie ? Pourquoi ma fille a-t-elle développé ce trouble ? Sur le plan sémiologique, les restrictions alimentaires ainsi que leur pendant qui sont les compulsions alimentaires et les excès vont évoluer sur un continuum qui va du normal au pathologique. Les restrictions alimentaires sont en général considérées comme bonnes pour la santé et notre collègue sociologue pourra nous donner des éléments de réflexion, les périodes de jeûne sont retrouvées dans la plupart des religions comme étant des possibilités d'augmenter la spiritualité, de se sentir mieux et plus proche de Dieu dans certaines religions. Beaucoup d'individus se restreignent et réussissent la restriction et d'autres individus disent se restreindre mais ne réussissent pas la restriction. Les Anglo-Saxons appellent cela succesful Dieter ou unsuccesful Dieter. « Je suis au régime mais je ne le fais pas vraiment ». Est-ce que ces comportements restreints, qui ont l'air de faire tache d'huile dans la population, est-ce que ces comportements qui interviennent dans l’environnement obésogène qui nous entoure actuellement, permettent de rester mince ? C'est toute une question. Puis il y a la question de toutes les restrictions cognitives, c'est-à-dire que les individus sont dans des pensées ou des croyances de restrictions qu'ils appliquent ou n'appliquent pas mais il est probable que ces restrictions cognitives à elles seules peuvent être à l'origine de modification du comportement alimentaire. L'idée du continuum montre que cela va d'anomalies mineures pour lesquelles les gens ne vont peut-être jamais consulter mais que l'on connaît dans notre vie de tous les jours, c'est la sélectivité, le fait de manger certaines catégories d'aliments et d'avoir beaucoup plus d'évitement et de dégoût que les sujets normaux. Les sujets normaux ont environ un à trois dégoûts alimentaires mais pas plus et portant sur des aliments uniques. Mais dès que nous tombons dans la pathologie, les dégoûts et les aversions se font par classe alimentaire en entier comme par exemple les féculents, les matières grasses etc. Le rythme anormal, les excès sans conséquence sur le poids ou sur la santé. Les Eating Disorder non spécifiés peuvent exister dès le début du trouble ou bien constituer une modalité évolutive du trouble ou persister sous cette forme la. À un moment donné, il faut fixer la barrière entre le normal et le pathologique, par commodité et pour s'aligner sur un langage commun. En clinique courante, cela n'entraîne pas de difficultés importantes mais il faut faire une distinction entre des TCA vraiment pathologiques et des troubles alimentaires mineurs. Quelques mots sur les critères de diagnostic : le BMI qui est l'indice de masse corporelle IMC. En dessous de 17,5 vous êtes dans la catégorie anorexie. Je rappelle qu’en pédiatrie on utilise les courbes et non le BMI brut pour voir si l'enfant est en surpoids ou en sous poids. Actuellement le critère clé, c'est le critère d'altération de la perception corporelle, peur intense de devenir gros et dénie des troubles. Le critère aménorrhée perd actuellement de sa validité car la plupart des jeunes femmes sont sous contraception d’oestroprogestatifs, on ne peut donc pas repérer l'aménorrhée. Si les patientes ne sont pas sous contraception et qu'elles présentent une aménorrhée, nous tenons bien sûr un critère clé. Il existe deux sous-types : le restrictif et le sous-type soit boulimie soit vomissement soit laxatif soit les trois à la fois. Une phrase que je me plais à marteler et à répéter : la plupart des symptômes physiques et psychiques que vous rencontrez dans l'anorexie mentale sévère, résulte de la dénutrition. Il ne faut jamais l'oublier dans l'évaluation de la personnalité ou des signes dépressifs associés. Le début des troubles commence à l'adolescence, autrefois dans une tranche d'âge 14 à 18 ans, évolue actuellement vers la tranche 12 ans à 16 ans. En France, l'âge de la puberté rajeunie et il y a probablement un lien avec cela. Cependant il existe des formes à début prépubertaire qui sont souvent extrêmement graves. Il existe des formes à début plus tardif, après 20-25 ans. La prédominance des troubles reste féminine, avec un cas de garçon anorexique pour neuf cas de jeunes filles. Le début des troubles peut se faire sous la forme de restriction mais aussi de grignotages, donc le vrai début n'est pas la restriction, le vrai début sera dans les TCA vers l'excès avec léger surpoids qui auront déclenché la restriction. Le début peut donc être varié. Environ la moitié des patients qui ont présenté un épisode anorexie ou qui ont fait un régime strict, développera à un moment donné de l’évolution des comportements boulimiques et cela fait très peur patiente anorexique. Par ailleurs il y a des troubles du comportement très bizarres dans l'anorexie mentale comme les conduites de stockage, ou masquer la restriction à l'entourage, les restrictions commencent par les viandes les matières grasses et aliments sucrées puis s'étendre à toute la panoplie alimentaire et il ne restera plus à la fin que des aliments non assaisonnés, des légumes verts, des laitages ou des fruits comme la pomme verte qui est l'aliment par excellence de l'anorexique. La pomme verte est le fruit qui réunit à lui seul toutes les caractéristiques recherchées dans les aliments, le vert parce que cela évoque la pureté et le sain, l'aspect craquant ouvre une dimension sensorielle attractive, et enfin le fait que ce soit peu calorique. L'histoire du végétarisme ? Cela peut être un signe avant-coureur de l'anorexie ou montrer que la pathologie est déjà installée. Quand une jeune adolescente commence à déclarer qu'elle est végétarienne, attention ! Surtout dans nos cultures en France car malgré une baisse temporaire de la vente de viande suite à l'affaire de la vache folle, on reste des mangeurs de viande. Le végétarisme dans le contexte d'une anorexie ne correspond pas à une dimension philosophique ou spirituelle ou religieuse. Les pseudo allergies alimentaire sont fréquentes chez les anorexiques. En France, les allergies alimentaires sont plus fréquentes depuis l'introduction massive de l'arachide, cacahouètes, biscuits apéritifs qui entraînent beaucoup d'allergies alimentaires chez les enfants et nos patientes anorexiques nous feront part d'un tas d'allergies alimentaires… Les produits Light sont surtout utilisés chez les boulimiques qui veulent contrôler leur poids. Les anorexiques se moquent un peu de manger un yaourt Light car leurs apports sont déjà tellement restreints. Les troubles de la perception corporelle sont étranges : c'est la non reconnaissance de l'état de maigreur. De même les sujets gros ne se voient pas aussi gros qu'ils sont en réalité. Il y a le cas particulier des professions, comme mannequin, qui imposent une apparence corporelle et qui seraient des populations intermédiaires entre des populations normales et des populations très pathologiques. L'apparition d'une anorexie mentale avérée chez des sportifs ou des danseurs ou des mannequins, survient souvent à l'arrêt de la compétition sportive ou de la danse ou du mannequinat. Les carrières des danseurs s'arrêtent souvent vers 30-35 ans. L'hyperactivité physique rend difficile la prise en charge et le traitement des troubles. C'est une stratégie de contrôle du poids mais il y a également des mécanismes biologiques qui font que plus vous êtes dénutrit, plus vous développez une activité physique incontrôlable. Les stratégies de contrôle du poids : les vomissements sont très connus et il faut se méfier des contagions de vomissements dans les internats, dans les endroits où il y a beaucoup de filles réunies, c'est une méthode pour perdre du poids. Les prises de laxatif sont très fréquentes chez nos patientes, elle s'en procure des quantités phénoménales. Les prises de diurétique au contraire sont devenues plus rares car les pharmaciens sont devenus très vigilants et on les rencontre chez les patientes qui exercent des professions médicales ou paramédicales car elles peuvent s'en procurer facilement. Les coupe-faim et les amphétamines ont été retirés du marché mais certaines patientes les ont pris dans les années 80-90 avec des conséquences assez graves. L’isoméride a été retiré du marché, il a été pris par beaucoup de femmes. Le Xénical qui est un inhibiteur de l'absorption des graisses a été aussi dévié de son usage par des patientes ayant des TCA. Initialement il était destiné aux obèses. Mais il est désagréable à prendre (incontinence anale) donc les patientes ne s'accrochent pas trop à ce produit. La potomanie est un symptôme associé très fréquent aux troubles alimentaires, il s'agit de consommation excessive de boissons, de 5-12 l et les patientes disent que c'est pour se purifier, pour détoxifier l'organisme mais en fait il s'agit de quelque chose de plus compliqué et la potomanie peut entraîner une hyponatrémie avec des conséquences physiques graves. Le mérycisme (régurgitation et remastication des aliments), comportement autrefois observé chez les enfants autistes ou patients oligophrènes, serait sous-évalué dans les TCA alors qu'ils seraient présents dans 20 à 30 % des cas. Il est souvent repéré pendant l'hospitalisation plutôt que lors des consultations. C'est un symptôme très difficile à arrêter. Ce sont des conduites considérées comme très régressives pour continuer à avoir un bol alimentaire dans le tube digestif. Les patientes ont également des restrictions hydriques si elles ont des croyances erronées comme quoi l’eau fait grossir. Les enfants anorexiques ont souvent la double restriction, alimentaire et hydrique, ce qui entraîne un danger de mort. Les consommations excessives d'épices : certaines sucent des clous de girofle toute la journée ou mangent des pots de moutarde. Les stockages alimentaires, par analogie avec les rongeurs, comme si une séquence de privations déclenchait dans le cerveau des comportements de stockage pour l'hiver… Les régurgitations, les autosaignements que l'on voit dans les professions médicales : on voit des patientes se ponctionner au niveau artériel pour s'anémier et perdre des calories. Les diabétiques insulinodépendantes ont à leur disposition un moyen de perdre du poids : l'omission de l'injection d'insuline, cela déclenche le syndrome polyuro-polydipsique, cela les fait maigrir mais c'est très dangereux, avec complication précoce du diabète, très difficiles à traiter. Des patientes de 25 ans peuvent se retrouver avec une néphropathie en dialyse. Les psychopathologies associées : elles sont très variées, elles vont de la dépression à l'anxiété en passant par la schizophrénie, les TOC, les troubles de la personnalité ou finalement rien du tout. On peut trouver un TCA grave sur une personnalité normale avec récupération ad integrum une fois la renutrition effectuée. Les différents aspects cliniques de la boulimie : la boulimie vraie, les compulsions alimentaires avec stratégie de contrôle du poids. Le fameux Binge Eating Disorder BED qui est le même tableau mais sans stratégie de contrôle du poids. Le Night Eating Syndrome NES est le fait de manger la nuit et cela entraîne un surpoids car les gens peuvent avoir un une alimentation normale en journée et la nuit une alimentation en excès. L'hyperphagie, le fait de manger de trop grosses quantités alimentaires. Les grignotages sont archi fréquents et plutôt simples à régler. Les boulimiques : elles donnent une apparence de moindre gravité par rapport à l'anorexie, elles ont des fluctuations pondérales, les boulimiques sont malnutries ou dénutries puisque leur alimentation est très désorganisée. Le tableau clinique des patientes boulimiques montre de fréquents symptômes dépressifs et anxieux, des sentiments de honte, contrairement aux anorexiques restrictives, beaucoup d'impulsivité de comportement autoagressif, d'abus de substances soit concomitant des boulimies soit en alternance, c'est-à-dire alcool ou boulimie, cannabis ou boulimie, les tentatives de suicide en rapport avec une faible estime d'elles-mêmes, elles s'auto déprécient beaucoup. Les modalités évolutives de ces troubles : j'ai mis le mot « guérison » entre guillemets parce qu'il faut vraiment s'en méfier, ces troubles ne portent pas à l'optimisme car ce sont des pathologies à fort potentiel de rechute et elles ont un taux de mortalité non négligeable pour des pathologies qui touchent l'adulte jeune. Le mot « rémission », nous pouvons l'accepter. Il y a plusieurs modalités évolutives, soit un changement dans l'expression clinique du TCA comme de passer d'une anorexie à une boulimie normopondérée et puis cela s'arrête là, ou passer d'une anorexie à un Binge Eating avec alors apparition d'un surpoids et l'alternance de ces tableaux est assez fréquente. Une anorexie restrictive qui s'est mise en danger plusieurs fois et qui développe un Binge Eating qui certes a un petit surpoids mais un bon fonctionnement psychosocial finalement, c'est un bon pronostic. Mais il y a des troubles qui évoluent très mal qui mettent en jeu le pronostic vital et le fonctionnement psychosocial, sujet sur lequel il faut rester vigilant car ce sont des pathologies qui entraînent un déficit social en dehors de la schizophrénie ou autre pathologie psychiatrique grave. Il faut donc faire une évaluation de tous les comportements pathologiques sans en oublier, cela permet d'avoir des actions thérapeutiques ciblées car il n'y a pas d'action directement sur l'étiologie. Dans un second temps on fera une évaluation psychopathologique pour voir s'il existe un trouble de personnalité associée ou une comorbidité. Enfin il faut évaluer les interactions familiales. J'emprunte ma conclusion à Gaston Bachelard qui nous rappelle certaines situations cliniques de nos patientes : « La valeur gastronomique prime la valeur alimentaire et c'est dans la joie et non pas dans la peine que l'homme a trouvé son esprit. La conquête du superflu donne une excitation spirituelle plus grande que la conquête du nécessaire. L'homme est une création du désir, non pas une création du besoin. » (La psychanalyse du feu) |
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Le cannabis est-il responsable de schizophrénie? - Pr Christophe LANÇON |
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Le cannabis est-il responsable de schizophrénie ? Pr Christophe LANÇON
Chef de service Professeur des Universités, Praticien Hospitalier
Hôpital Sainte-Marguerite Marseille Texte de la communication de 2003 à Montpellier Cette question n’est pas du tout nouvelle ; C’est une question qui traverse l’histoire de la psychiatrie, l’histoire de la folie et celle du cannabis. J’ai lu Moreau De Tour (Jacques-Joseph Moreau De Tour 1804-1884 Du Hachisch et de l’aliénation mentale), il y a longtemps, plusieurs fois, je l’ai lu avant de venir ici. Je vais faire un commentaire un peu différent de ce qui a été dit ce matin. C’est très important de reprendre cette histoire parce que ça permet d’illustrer la question. Moreau De Tour qui consommait du haschich, lui-même, comme un certain nombre de médecins de l’époque, d’ailleurs. A l’époque les médecins consommaient des médicaments qu’ils donnaient aux malades. Voilà c’était une autre époque. C’est intéressant d’y réfléchir, c’est-à-dire qu’on pouvait faire aux autre ce qu’on se faisait à soi-même, ce n’est plus le cas maintenant. Moreau De Tour disait une chose incroyable. Il disait que le cannabis, ça fait trois choses : d’abord c’est une substance merveilleuse parce que ça permet de connaître des choses de soi-même, de ce que c’est que la folie et c’est une expérience. Et dans les questions de l’addiction, c’est une chose jamais dite, que c’est quand même une expérience. C’est aussi une révélation de soi. C’est-à-dire que quand on est adolescent, qu’on prend des substances, c’est aussi d’un certain côté, la révélation de soi. À côté, finalement, c’est aussi une chose très important puisque ça conduit à club des Haschischins C’est la question de la transcendance. C’est-à-dire comment je peux sortir de ma condition humaine pour avoir accès à des choses incroyables. C’est n’est sûrement pas le propos, quand même on ne peut pas passer la question des substances psychoactives sans parler de cette affaire là. La deuxième chose qu’il disait, c’est un médicament pour les fous. Ça pose une autre question. C’est-à-dire que si on diabolise ce qu’on appelle les drogues, je rappelle drogue en anglais c’est médicament, on est exactement dans la même société qui dit : les Français prennent trop de psychotropes, les médicaments psychotropes, ça rend malade... C’est le même type de raisonnement. C’est-à-dire diaboliser des substances qui ont été la base de la psychopharmacologie, c’est-à-dire que les substances psychoactives comme le cannabis, c’est ce qui a permis de créer des médicaments qui ont permis de faire que les malades mentaux sortent des asiles. Et non pas meurent dans les asiles comme en 1945. Ça aussi c’est une chose absolument incroyable. On ne peut pas ne pas imaginer que ce qui est appelé une drogue, ce n’est pas une substance psychoactive. Qu’est-ce qu’on sait sur les substances psychoactives? Les gens qui en prennent, comme moi, on sait que ça ne fait pas toujours la même chose, tout le temps et au même moment. C’est-à-dire quand on a cinquante ans et qu’on vient à une tribune et qu’on dit « moi le cannabis, finalement ça me fait du bien », c’est certainement juste. C’est oublié qu’on n’est pas pareil, à des tas de points de vue, à certain moment de sa vie, quand on a des soucis ou pas, quand on a dix ans, car le vrai souci, ce n’est pas quand on fume à cinquante ans. Le vrai souci c’est qu’est-ce qui se passe quand on fume à dix ans. Alors si on fait fumer des cigarettes à un rat prépubère, on le fait fumer régulièrement, ensuite on le laisse atteindre l’âge d’adulte. Et on regarde ce qui se passe : 70% d’entre eux sont dépendants. Les marchands de tabac ont compris, il faut faire fumer les gens avant la puberté. Si on les fait fumer après la puberté, les rats, l’être humain n’est pas très différent du rat vis-à-vis des substances psychoactives, ils sont très peu dépendants. Troisième chose que disait Moreau de Tour, le haschich en rend fou certains. Et ça c’est sûr que ça en rend fou certains s’ils en prennent à forte dose. Ça c’est vrai. Il y a une chose qu’il ne faut pas dire, ce n’est pas pareil de fumer un microgramme de cannabis, (on ne sait pas ce qu’on met dans le cannabis) et quand on fumait 17 kilos, ce n’est pas pareil. Une foi qu`on a dit ça, je n’ai plus grand-chose à dire. Alors le problème c’est que, malgré tout, il y a un autre problème c’est qu’on a décrit des choses incroyables, qui était par exemple la psychose cannabique qui avait une idée que, finalement, certaines substances, pourraient créer des modèles. C’est ça qui est intéressant. Ça peut créer des modèles de maladies mentales. Et puis on a tourné la question à l’inverse. Cette question est récupérée actuellement par les politiques. L’expertise INSERM dit, oui, il y a des arguments pour penser que ça va altérer la santé de nos enfants. C’est ça la question que ça pose. Est-ce que finalement quand on fume le cannabis à 14 ans, ça n’altère pas la santé de nos enfants. Ce n’est pas la question de la légalisation ou pas la légalisation. Est-ce qu’il y des arguments pour penser que l’usage d`un certaine nombre de substances psychoactives, il n’y a pas que le cannabis mais on parle du cannabis aujourd’hui, peut altérer et conduire vers des affections mentales ? Des gens qui vont se retrouver avec des choses incroyables. C’est ce que je vais essayer d’argumenter. Je n’ai pas de réponse absolue. Comme ça on pourra discuter. Alors qu’est-ce que ça apprend l’épidémiologie? Je ne suis pas le meilleur spécialiste de l’épidémiologie. Ça apprend une chose incroyable. Je la tourne à l’inverse la question. Je la fais de cette façon-là. Si on prend les gens qui souffrent de maladie, c’est une façon de répondre à la question un peu transversale. Si on prend les gens qui souffrent de schizophrénie, qu’est-ce qu’on se rend compte? On se rend compte que les gens qui souffrent des maladies mentales et surtout les gens qui souffrent de schizophrénie sont les gens qui ont le plus de problèmes avec des substances psychoactives. Ils ont des problèmes considérables. Tous les gens qui vivent en psychiatrie le savent, l’hôpital psychiatrique est le meilleur endroit pour rendre les gens dépendants. Qu’est-ce qu’on fait? On leurs apprend à fumer des clopes, et à boire du café. Et puis il y a l’hypothèse de l’automédication. Mais ce n’est pas vrai car je suis allé dans des tas d’hôpitaux où on ne boit pas de café, on ne fume pas de clopes, on ne devenait pas forcément dépendant. Donc il y a quand même une stratégie de milieu, une sorte de connivence vis-à-vis de la dépendance dans le milieu psychiatrique. Il y a un très bon papier sur la schizophrénie dans un bulletin qui est sorti dans les années 90, qui indique qu’il y a d’autres conséquences que cette affaire-là, ce genre de connivence, avec l’usage des substances licites comme la cigarette. C’est que ça entraîne des choses incroyables. La prostitution, par exemple. L’histoire de la cigarette, c’est le début de la prostitution. Contre une cigarette, on peut demander beaucoup de choses. Ça va même plus loin. Ça fait que les malades mentaux sont ceux qui souffrent le plus des maladies sexuellement transmissibles, du Sida et de l’hépatite C. On ne peut pas vraiment régler ce problème sanitaire en trois minutes. Je reviens à ce que je voulais dire, les malades qui souffrent de troubles mentaux, dans toutes les études, sont ceux qui consomment le plus de substances psychoactives et ceux qui ont le plus de problèmes avec cette affaire. On ne parle pas des soignants. Alors qu’est-ce qu’ils consomment? Je fais un petit aparté sur l’étude des gens qui ont accidents de la route, on a dit que c’est le cannabis. Dans cette étude on a montré que 25% d’entre eux, les gens qui ont eu un accident dans la route, avaient du cannabis dans l’urine. Si on prend les gens à la sortie de la fac, alors 35 % ont du cannabis dans les urines. Est-ce qu’il y a d’autres choses dans les études ? Ils avaient des mélanges. C’est un problème qu’on ne parle jamais. Les substances pures, ça ne fait pas très mal, vous le savez, d’ailleurs. Quand vous en prenez, sans bon sens, et que vous mélangez, ça ne vous fait pas du bien. Alors qu’est-ce qu’ils prennent, les patients qui souffrent de la schizophrénie ? Comme ils sont pauvres, c’est un des problèmes, et puis il y a en d’autres aussi. Ils consomment d’abord du tabac. 90 % d’entre eux fument. On n’a jamais fait un colloque sur tabac et schizophrénie. C’est vraiment un problème de santé publique. C’est bien plus important que le cannabis. On n’a pas dit dans le rapport que le tabac rend les patients schizophrènes. Ils boivent de l’alcool à mort. Ils prennent le cannabis et puis dans des villes, où ils sont sortis des hôpitaux, où on fait la politique de la réhabilitation, ils sont victimes des dealers. Parce qu’ils sont de très bonnes victimes les malades mentaux pour des tas de trucs et ils prennent de la coke. Donc ils prennent beaucoup de chose et le cannabis, en tout cas, ce n’est pas la substance principale qu’on peut proposer à un patient schizophrène. Donc c’est un peu une première partie de la réponse. Les patients schizophrènes, ils prennent beaucoup de choses. Ils ne prennent pas que du cannabis. Deuxième question, quand on souffre de schizophrénie, et qu’on prend des substances psychoactives, c’est-à-dire la majorité des malades schizophrènes, pas ceux qui sont dans les études, parce qu’ils n’ont pas ça. Qu’est-ce qui arrive ? Alors ça c’est un point, un argument très important pour le politique. Moi je crois qu’on n’insiste pas assez là-dessus. Quand on regarde dans les études, les patients qui ont un double diagnostic c’est à dire schizophrénie plus abus ou dépendance, on ne parle pas du cannabis en particulier, on parle des substances générales quelles qu’elles soient, c’est une synthèse. Le début de la maladie est bien plus précoce. C’est un facteur très péjoratif. C’est un argument très fort. On rentre plus précocement dans la maladie. Deuxième point, il y a un autre problème qui est lié au système de soin, le diagnostic est fait d’une façon beaucoup plus tardive. Un patient qui arrive avec des toxiques dans un service, c’est d’abord un toxico. Bien souvent pour qu’il devienne patient psychiatrique, il en faut... Donc on a un double facteur de chronicité, qui est le début précoce des troubles et cette question de diagnostic tardif et de prise en charge spécialisée tardive. C’est un énorme problème. Plus de rechutes, mauvaise compliance au traitement, comportements agressifs et violents, plus de symptômes positifs...La question des symptômes thymiques, ça c’est une question qui m’intéresse beaucoup. J’en parlerai après. Et puis, plus de suicides, la mortalité est quand même très importante. La mauvaise tolérance aux neuroleptiques. D’une manière générale, le fait de souffrir d’une maladie mentale et en plus d’avoir une conduite additive, ça rend la maladie mentale beaucoup plus grave. Alors qu’est-ce qu’on sait du cannabis? Je vais juste répondre aux études signalées tout à l’heure. Qu’est-ce qu’on sait des liens entre cannabis et troubles mentaux dans la population générale? On sait que le lien entre cannabis et schizophrénie, il est fort. Ça ne veut pas dire que c’est une relation de cause à effet. Mais ce n’est pas un lien considéré comme négligeable. Il est fort en population générale et il est surreprésenté dans la population psychiatrique. Ce lien entre cannabis et schizophrénie existe dès le début des troubles. C’est une donnée très importante. C’est-à-dire les gens qui défendent l’hypothèse d’utiliser le cannabis pour l’automédication, c’est une hypothèse qu’on retrouve dans des tas de trucs, finalement, les gens deviennent toxicos parce qu’ils essaient de soigner leur maladie dans un processus adaptatif. L’hypothèse ne tient pas beaucoup quand on regarde les choses actuellement. Et surtout quand on regarde dans les études, la cinétique d’apparition. La consommation de cannabis précède pratiquement toujours l’apparition des troubles psychiatriques. C’est un argument très fort dans les études. Il y a au moins quatre études qui montrent ça. C’est vrai que ces études sont des études qui ont été conduites pour certaines d’entre elles, pas toutes, en prenant des sujets qui vont rentrer dans l’âge d’adulte, des adolescents, et on les suit ensuite, et puis on regarde ce qu’ils deviennent. Ils deviennent schizophrènes. Ces quatre études conduites depuis les années 90 montrent qu’effectivement les gens qui ont consommé du cannabis sont repérés comme consommateurs de cannabis sans troubles psychiatriques, seront plus fréquemment, 10 ans plus tard, des personnes porteuses du diagnostic de schizophrénie. Ça ne veut pas dire que le cannabis est un facteur de schizophrénie. C’est un facteur de repérage de personnes à risque potentiel. C’est intéressant puisque c’est de la prévention. C’est-à-dire que le fait de fumer le cannabis quand on a 16 ans, ça veut dire qu’il faut faire attention à la survenue d’un certain nombre de choses, un moyen de repérer des gens qui pourraient voir apparaître un trouble. Alors on est dans la question : est-ce qu’il y a des modèles qui nous permettraient de comprendre la relation entre cannabis et psychose. La première d’entre elles c’est, le cannabis est un facteur de psychose. Il y a très peu d’arguments pour défendre ça. Ce n’est sûrement pas l’argument le plus fort. Le modèle qui est plus généralement développé, c’est la question de la vulnérabilité commune. C’est une chose absolument incroyable. Tout le monde n’est pas égal vis-à-vis du risque de devenir dépendant. Si vous fumez tous ici du cannabis tous les jours, vous n’allez pas tous, devenir dépendants. Et la dépendance c’est une maladie. Ne pas pouvoir ne pas fumer du cannabis tous les jours, c’est une maladie. C’est comme les gens qui fument des cigarettes tous les jours, ce n’est pas grave, mais ça fait des choses. On n’est pas tous égaux vis-à-vis des maladies. Et un des problèmes très important qu’on pourra discuter, c’est que ce qui conduit à un certain nombre de maladies mentales, et on verra, pas seulement la schizophrénie, ça a aussi à voir avec ce qui conduit à l’usage de substances, à la fois d’un point de vue de la génétique et de la biologie et aussi à la fois d’un point de vue de la psychopathologie. On n’a sûrement pas le temps de développer ça. Mais on ne peut pas faire comme si ce n’était pas une question qui a à voir et a des choses en commun. C’est assez important parce que c’est des choses qui nous permettent de comprendre la prévention. Vous savez la question qui nous a posé en tant que soignant, c’est qu’est-ce qu’on fait vis-à-vis d’un gamin qui fume dix-sept pétards par jour à douze ans. Moi je m’en fous de ce qui se passe quand Dominique Voynet vient à la télé et dit qu’elle fume du shit, ce n’est pas mon problème, ça ne m’intéresse pas du tout. Mais quand on montre un gamin qui n’est pas pubère, et qui utilise les substances psychoactives massivement. Là il y a une question qui m’est posée en tant que psychiatre et non pas en tant que citoyen : quel conseil je peux lui donner? Qu’est-ce que je dois rechercher? Et comment le système de soin que j’ai mis en place peut s’adapter à son problème? Et ça c’est la question qui nous est posée et on ne peut pas se détourner de cette affaire-là. Il y a une autre question : est-ce que c’est un facteur précipitant chez les sujets vulnérables? Et enfin est-ce que c’est un facteur aggravant de la psychose ? Clairement utiliser des substances psychoactives, est un facteur aggravant de la psychose. Ça pose un problème aux psychiatres puisque normalement on n’utilise pas de substances psychoactives en psychiatrie, si on les utilise, on est viré. Ça signifie que les psychiatres, habituellement, ne soignent pas des gens qui ont des comorbidités, donc ils ne soignent que les patients schizophrènes qui vont bien. C’est un vrai problème pour nous. Les façons qu’on a de penser les choses ont une influence sur la santé publique. Je vais donner une autre réponse. Moi je fais parti des gens qui ne pensent pas que la schizophrénie est une maladie chronique. Je n’ai pas de temps de l’expliquer, ni une maladie d’évolution déficitaire. Donc c’est plus facile pour moi de parler de ces troubles. Alors il y a encore une troisième façon de régler ce problème-là. Le cannabis, c’est vrai c’est utilisé. D’ailleurs ça va être commercialisé en France pour soigner un certain nombre de chose. C’est un très bon médicament. Par exemple en cancérologie, c’est un médicament de confort remarquable. Les gens qui ont des nausées sous chimiothérapie, prennent du cannabis, ils ont un confort de vie très important. Donc on a des données dans la littérature sur l’utilisation du cannabis à vertu médicinale. Chez des patients, à priori, qui ne sont pas des patients à forte vulnérabilité psychotique, qui sont les patients par exemple en cancérologie, qu’est-ce qu’on voit dans les études, par exemple, c’est quand on fait la méta-analyse de l’utilisation du cannabis à visée thérapeutique. 6% des gens ont des hallucinations et des idées délirantes. Ca c’est une chose qu’a racontée Moreau de Tour. Le cannabis, même à dose faible, ce n’est pas des doses aussi monstrueuses qu’utiliser du THC néerlandais. En tout cas, chez un sujet lambda, dans l’ordre d’utilisation médicale, une des complications ce sont les effets secondaires, 6% ont des effets secondaires psychotiques. Un certain nombre de faisceaux d’arguments pour dire que chez un certain nombre de personnes, l’usage de substances psychoactives et du cannabis, peut constituer un des facteurs de précipitation de troubles mentaux. Les quatre études ont signalées là. Les quatre études, elles montrent que le risque est un facteur statistique. Ce n’est pas un lien de cause à effet. Le risque, quand vous prenez un sujet, qui a 15 ans, 16 ans, ou 17 ans, qui consomme du THC à forte dose, le risque qu’il souffre de troubles psychiatriques, dix ans plus tard, a augmenté. Ça ne veut pas dire que c’est la cause mais le risque est fort. Aussi un aspect très important pour la prévention, c’est que les trois études qui sont ici, elles montrent qu’il y a une relation dose/effet. Ça veut dire si vous fumez plus de 10 pétards par jour, votre risque de voir apparaitre une maladie mentale, se multiplie par dix. C’est monstrueux. Après vous allez voir qu`il y a une autre étude qui est encore plus épouvantable. C’est difficile de dire que ça ne fait rien le cannabis. Ça c’est le problème. C’est ça qu’on va discuter. Alors le problème c’est que le cannabis, quand on prend les mêmes études, n’est pas un facteur de risque seulement pour la schizophrénie. Et c’est ça la grande difficulté. Dans l’étude suédoise, ils ont montré que c’était un facteur de risque pour d’autres choses, pour la dépression et l’anxiété à l’âge adulte. Le fait d’avoir 15 ans et d’utiliser les substances psychoactives comme le cannabis, c’est un marqueur de vulnérabilité de développer un certain nombre de maladies mentales qui nous concernent dans nos pratiques quotidiennes. Ça nous pose la question de la prévention. On n’enseigne jamais assez la prévention dans notre discipline et en médecine. Ça ne veut pas dire, dire aux gens d’arrêter de fumer. Il y a deux études qui montrent ça d’une façon très claire. Alors ça c’est une étude absolument incroyable, qui a été faite par l’équipe de Muray à Londres. Ils ont suivi des enfants, une cohorte depuis qu’ils sont nés, pendant vingt-six ans. On ne peut pas le faire en France. Ils les ont évalués à 11 ans, à priori, ils ne sont pas pubères. Après la puberté, et puis en post puberté. Ils ont évalué à la fois de l’ordre de la psychopathologie et du développement du psychomoteur, et à la fois de l’ordre de l’usage de substance. Ce qui est vraiment le facteur d’apparition des troubles de schizophrénie, c’est quand j’use ou j’abuse de cannabis avant l’âge de 15 ans. Tout ceux qui a 11 ans, pas tous ... Ceux qui a 11 ans, utilisaient de façon régulière et importante du cannabis, avaient un risque multiplié par dix, de voir apparaître à l’âge de 18 ans un trouble schizophrénique. C’est un facteur de risque de voir apparaitre des troubles de façon très précoce. Les enfants qui ont 11 ans, c’est bien on a un pédopsychiatre qui pourra nous dire comment il travaille avec les enfants de 11 ans qui utilisent du cannabis. Il y a une réflexion très importante à avoir sur : qu’est-ce qu’on en fait de ce résultat? Par contre, le fait d’utiliser du cannabis en période post-pubère, c’est un facteur de risque pour un certain nombre de troubles psychiatriques et non pas la schizophrénie. Ça c’est une donnée très forte. C’est un travail qui est sorti cette année. Est-ce qu’on peut essayer de faire la physiopathologie? On sait quand même que la transmission du système canabinoïde, a à voir avec les systèmes dopaminergiques qui sont dysrégulés chez les malades de schizophrénie, qu’il y a une co-localisation entre le CB1 les phénomènes de transmission dopaminergique dans deux structures dont le noyau accumbens et l’aire tegmentale ventrale, qui ont tous les deux des fonction à la fois dans les modèles de vulnérabilité de schizophrénie et dans les modèles de vulnérabilité liés à l’addiction. Ce qui fait dire à certaines personnes, que ces deux systèmes-là sont dysrégulés et qu’il y aurait donc une vulnérabilité commune aux troubles, et que finalement il faut arrêter de discuter de toxicomanie, schizophrénie car il y a des choses qui sont en commun dans cette affaire-là. Il y a quelques arguments qui sont ténus ; parce que pendant longtemps c’était assez difficile de faire de la recherche sur le cannabis parce que pour utiliser des substances illicites, il faut faire plein de tampons, avoir un centre à agréé. Le fait que ce soit illégal, ça ne favorise pas la recherche scientifique, ça favorise la recherche légale. C’est vrai si vous voulez faire de la recherche sur les opiacés, il y a des tonnes de papiers, et c’est plus compliqué que si vous n’utilisez pas des opiacés. Bon, on se rend compte que dans la schizophrénie il y a des arguments pour montrer de façon simple que les systèmes canabinoïde, dès le début de la maladie sont dysrégulés. Donc je reviens, quatre hypothèses : -cannabis : facteur de psychose. C’est l’hypothèse actuellement la moins valide. Mais il y a un certain nombre d’arguments mais pas d’augmentation d’incidence de la schizophrénie au cours de ces dernières années. Sur ce point épidémiologique, est-ce que c’est vrai ou ce n’est pas vrai ? En tout cas, ce n’est pas superposable. Alors l’inondation de l’usage de cannabis, car il remplace l’alcool. Vous savez les Américains, quand ils ont fait la prohibition, vous savez qu’est-ce qu’ils ont fait? Ils ont autorisé le cannabis. Ils pensent ce n’est pas possible faire que les gens n’utilisent pas d’alcool donc on va vendre du cannabis parce qu’ils savaient que les jeunes ne pouvaient faire autrement ; ils ont autorisé le cannabis pendant deux ans. Puis ils se sont rendu compte que ça pose aussi des problèmes. Ils l’ont aussi interdit. C’est un argument pour dire que quand même, il ne faut pas délirer, on ne va pas avoir plus de patients qui souffrent de schizophrénie parce qu’on utilise du cannabis. Ce n’est pas ça le problème. Le problème il est là : on a un risque d’avoir un début plus précoce de la maladie, des formes plus graves, avec une évolution plus chronique. Je termine sur cette étude qui est une étude très intéressante, conduite par Hélène Vardoux qui a fait un travail assez intéressant pour essayer de comprendre que Dominique Voynet et un certain nombre de mes patients, ils ne sont pas pareils. Je crois que c’est important. D’abord ils n’ont pas le même âge. Il y en a qui sont prépubères et d’autres qui sont largement… posthormonal. C’est une expérience absolument incroyable. Ils ont pris les étudiants. Est-ce que les étudiants, ce sont des sujets plutôt biens? Alors ce ne sont pas des délinquants de banlieue. Donc ça va, c’est déjà une population acceptable. Ils les ont scriné et ils leurs ont fait fumer du shit à des gens qui n’en fumaient pas. Ils ont regardé, ils les ont scriné, ils ont fait des tests psychologiques et ils ont regardé ce que cela leur faisait. Comment ça modifiait leur façon d’être au monde, pour parler comme un psychiatre. Ils ont analysé les effets en aigu. Ce sont des effets très importants parce que dans les modèles de schizophrénie, c’est vraiment l’accès aigu qui est une histoire très importante. Cette expérience délirante aigue qui va avoir un sens et qui va faire qu’on va aborder une maladie chronique. Et ensuite ils analysent ces histoires de manifestations psychotiques. Effectivement à priori, ça peut rendre les gens fadas. Et ils identifient les gens qu’ils appellent vulnérables de psychoses avec des échelles de psychopathologie. Qu’est-ce qu’ils voient? C’est que chez à peu près la majorité des gens effectivement, utiliser le cannabis, ça rend la vie plus cool. Le monde est moins hostile et on est plus gai. Mais les perceptions sont modifiées. Ça pose un problème pour la conduite automobile parce qu’on ne peut pas dire que quand on utilise le cannabis, on freine aussi vite que si on ne l’utilise pas. Désolé, si je fume du cannabis, je ne conduis pas. Comme quand on boit de l’alcool. Fumer chez quelqu’un qui ne fume pas, ça modifie les perceptions et ça les altère. Chez ceux qui sont vulnérables à la psychose, ça veut dire qui ont un spectre de personnalité pouvant…ce n’est pas une maladie d’être vulnérable à la psychose, ça donne une capacité personnelle à abréagir au monde. Qu’est-ce qui se passe? Il ne se passe pas du tout la même chose. Tout le monde n’est pas pareil. Alors qu’est-ce qui se passe chez ceux-là ? C’est à l’inverse de ce qu’on voit chez le sujet lambda. Les sujets vulnérables représentent 10-15 % des étudiants. Ça veut dire que ce n’est pas deux pékins qui se baladent dans le fond de l’amphithéâtre. Ils ont une augmentation de la sensation d’hostilité. Quand on fait de la psychopathologie, on peut comprendre ce que ça peut induire. Ils ont une augmentation du sentiment d’étrangeté dans les minutes qui suit l’augmentation des taux sanguins du cannabis. Et pire, ils ont une augmentation beaucoup plus importante que les sujets non vulnérables, de la perception inhabituelle. Donc je crois qu`il faut être très prudent. Ce sont des sujets de 18 ans, on ne peut pas faire des expériences en France sur des sujets qui ont 12 ans. Il faut être très prudent avec les substances psychoactives. Je crois que Moreau de Tour avait raison : ça ne fait pas la même chose, au même moment de sa vie, chez tout le monde et tout le temps. Il y a rien de plus dangereux que de dire que le cannabis est mauvais ou le cannabis est bon. C’est dégueulasse pour certains et bon pour d’autres, ça rend malade d’autres. Alors la question du traitement et je finis là-dessus, car quand on a dit tout ça, c’est la question du traitement. La vraie question qui se pose, c’est la prévention. Et l’identification des patients à risque c’est un mot qu’on n’aime pas beaucoup dans notre pays parce qu’on a peur. Est-ce qu’on peut identifier des patients à risque? À risque de quoi? Pour nous psychiatres, il y a un certain nombre d’arguments forts pour dire que quand on a 12 ans et qu’on fume 17 pétards par jour, on est un patient à risque de développer un certain nombre de troubles psychiatriques. Quand on peut regarder la question ; si votre risque est multiplié par dix, il n’y a aucun domaine médical dans lequel on ne mettra pas en place des choses qui sont de l’ordre de : Comment on peut faire pour éviter que les gens tombent malades? Il n’y a que nous qui attendons que les gens soient malade pour s’en occuper. Il faut changer notre façon de travailler. Deuxième question pour le pédopsychiatre : une fois qu’ils sont malades, ils ont la double pathologie, ça veut dire, pour tous, ils ont tous la cigarette, ils ont tous des trucs. Ce matin j’entendais « Ah mais ils ne se plaignent pas, ils ne demandent pas d’aide ». Après c’est sûr que si l’idéologie c’est finalement ce n’est pas grave de fumer, c’est normal parce que les schizophrènes fument, ils ne vont pas non plus venir vous le demander. Mais ce qui n’est pas tout à fait vrai, c’est que les gens dans l’addiction, ne demandent pas d’aide. Tous les types qui fument, tous les soirs ils ont ras-le-bol de fumer. Mais tous les matins, ils recommencent. Mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de moment où ils demandent de l’aide. Il suffit de repérer le moment et leur tendre la main au bon moment. La question c’est comment on peut inventer un système dans lequel, finalement, la comorbidité s’est en partie inscrite dans le fait de souffrir de maladies mentales. C’est une des données de la maladie mentale, l’usage de ces substances psychoactives, c’est une donnée qui aggrave la maladie. Comment on peut bâtir des systèmes de soin, qui permettent de prendre en compte ces deux choses-là. Actuellement on est très mal à l’aise avec cette affaire : on a beaucoup de mal à travailler sur ces deux versants. Regardez comment fonctionne notre système de soin : les centres d’alcooliques d’un côté, les schizophrènes de l’autre, les CSCT. Alors quand vous avez trois problèmes, vous envoyez votre jambe à droite, votre tête à gauche et le reste au centre. Et alors il ne se passe rien pour vous et vous mourez. Dernière question, est-ce que les neuroleptiques atypiques ont changé quelque chose? Ça nous permet de répondre à une question. Est-ce que nos interventions thérapeutiques n’aggravent pas cette affaire ? Est-ce que le fait d’avoir pris un certain nombre de médicament pendant des années, ça n’a pas aggravé la comorbidité ? Alors c’est difficile de sous-tendre l’hypothèse que l’usage de neuroleptiques est un facteur d’augmentation de consommation de substances psychoactives. Est-ce que les neuroleptiques atypiques, ça améliore ou ça a quelque chose à voir avec des troubles induits par les substances psychoactives ? Il y a plusieurs études avec les neuroleptiques atypiques. Il y a une étude, par exemple, montre que la rispéridone a des effets identiques à l’halopéridol chez des patients qui ont une psychose cannabique. Si un sujet prend des extasies un soir, qui développe des troubles délirants : quel traitement on lui donne ? Quel traitement il faut lui donner dans la pratique ? Ils viennent consulter pour ça. Et si vous leur donnez de l’Haldol, vous pouvez être sur qu’il n’y en a plus aucun qui revient. Certaines stratégies de traitements ont une plus grande efficacité. Il y a quand même des études avec la clozapine, c’est un médicament qu’on a depuis très longtemps. Les patients qui souffrent de la schizophrénie, quand on améliore un certain nombre de choses qui sont de l’ordre de leurs fonctions cognitives, on peut plus facilement travailler avec eux leur problème d’addiction. Ce serait gâcher que vous utilisiez des neuroleptiques typiques, que vous ne mettiez pas en place en même temps, grâce à l’amélioration des fonctions cognitives, des stratégies de soin qui permettent de discuter avec vos patients sur : À quoi ça sert de fumer des clopes? À quoi ça sert de fumer du cannabis? Et donc travaillez sur cette comorbidité qui est inhérente à la maladie. Il y a des stratégies, quand même, qui font que par le biais de l’amélioration des fonctions cognitives et puis l’amélioration considérable de l’humeur des patients, il y a un usage des substances psychoactives alimenté par des troubles de l’humeur. Les gens dans l’addiction, ils font le malin, mais l’humeur n’est pas très bonne. Quand on est très déprimé, on fume beaucoup plus. Donc si on améliore l’humeur des patients grâce à des stratégies médicamenteuses, et leurs fonctions cognitives, nous pourrons mieux travailler sur cette question de la comorbidité. En conclusion et je termine. Le cannabis ne rend pas fou, mais ça rend malade certains qui, malheureusement pour eux, vont commencer une carrière de maladies mentales. Je vous remercie pour votre attention. Animateur : Il faut remercier Christophe Lançon de cette communication dynamique et fort intéressante. Est-ce que quelqu’un a une question à lui poser avant de passer à la communication suivante? Auditeur : Dans l’expérience de Verdout, il y a du cannabis qui est pris par des volontaires sains, vous disiez qu’il y a des sujets vulnérables et d’autres qui ne l’étaient pas. La manière dont c’était dit semblait laisser supposer que les sujets vulnérables étaient toujours les mêmes. Est-ce qu’il a été vu dans le temps que si certains sujets étaient vulnérables un jour, pouvaient devenir non vulnérables un autre et inversement? Lançon : c’est une très bonne question. Non ça ne l’est pas dans l’étude. Vous avez raison. C’est le problème de toutes les études scientifiques. Elle ne répond qu’à une seule question. Elle en ouvre d’autres. Malgré tout, ça montre que si vous êtes constitué ou structuré d’une certaine façon, l’usage des substances psychoactives va vous entraîner des expériences particulières. Et on est un certain nombre à penser que la répétition, pour des tas de raisons, vous avez un risque de voir apparaître, quelque chose de l’ordre de la maladie mentale. C’est ça que ça montre. Et que dire? Oui, les expériences sur le cannabis, c’est pareil pour tout le monde. Tout le monde sait que ce n’est pas vrai. Il faut arrêter de dire comme ça. Animateur : J’ai une question qui prolonge un peu la question que vous avez posée. La vulnérabilité et troubles de la personnalité? Une prédisposition liée à un trouble de la personnalité. Imaginons que le sujet ne fume pas de cannabis et qu’il a cette prédisposition, le risque existe mais sera-t-il malade? Lançon : C’est le problème de la prédictivité des études. Personne ne sait mais on peut y répondre. Comme le bain cannabique est fort, de toute façon, je crois qu’il vaut mieux s’occuper de ceux qui y touchent que de ceux qui n’y touchent pas. Les études montrent que l’usage de cannabis anticipe et accélère la survenue de la psychose. Les maladies mentales, par rapport à ce qu’elles ont été dans le passé, sont anticipées. C’est-à-dire qu’il y a pas vraiment énormément de maladies mentales en plus, mais elles sont de plus en plus tôt et de plus en plus jeune. Et le fait d’utiliser des substances psychoatives, c’est vraisemblablement un facteur qui précipite. Auditeur : Timothy Leary dans les années 50 à Harvard avait travaillé sur la psilocybine et le LSD. Il semblait que la vulnérabilité, d’après ce qu’ils avaient fait puisqu’ils utilisaient aussi des étudiants, semblait quand même chez certaines personnes, être présente un jour et pas un autre. Il semblait que l’état d’esprit dans lequel se trouvait la personne jouait beaucoup ? Lançon : Bien sur. C’est ce que Moreau de Tour depuis le début. L’action des substances psychoactives n’est pas le même. Tout le monde le sait. Dans un moment compliqué de sa vie, ça va faire des effets. Malheureusement on n’a pas de chance. C’est que à certaines époques de sa vie et particulièrement quand on a 11 ans, on est à un moment plus compliqué quand on a 50 ans, et qu’on est ministre de la santé ou de l’environnement. Donc il faut quand même dire les choses telles qu’elles sont. C’est quand même dans certains moments de sa vie, on est plus vulnérable. C’est vrai que le sujet âgé est très vulnérable à la dépendance parce que si on regarde combien les sujets âgés consomment de médicaments et comment ils sont dépendants des médicaments, on se rendra compte qu’il y a des âges, c’est une vérité, et des situations de la vie dans lesquelles l’être humain est plus vulnérable. Il y en a d’autres. Il vaut mieux être riche et bien portant. Page web mise à jour le 6 aout 2010 |
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Les médicaments dans les troubles de la personnalité - Pr Jean-Philippe BOULENGER |
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Dernière mise à jour de la page: 3 juillet 2009 LES MÉDICAMENTS DANS LES TROUBLES DE LA PERSONNALITÉ: QU’EN ATTENDRE ? Pr Jean-Philippe BOULENGER Professeur des Universités Faculté de médecine de Montpellier CHU MONTPELLIER
Avant de faire la revue de la littérature sur cette question, le Pr BOULENGER rappelle quelques éléments « historique » de réflexion et d’étude de l’action possible de certains médicaments sur les troubles de la personnalité. Ainsi, l’action des antidépresseurs sur d’autres troubles que dépressifs, comme les troubles anxieux par exemple, est un sujet étudié de longue date. Dans les années 1990, Tyrer parlait alors d’effet « anti-névrotique », insistant sur l’action de ces médicaments sur différents syndromes, comme les troubles anxieux, la dépression et aussi la douleur. Des données scientifiques ont aussi mis en évidence l’intérêt des antidépresseurs IMAO dans les dépressions dites « atypiques » et particulièrement sur la « sensibilité au rejet ». Cette notion empirique avait servi de base théorique à l’utilisation de ces antidépresseurs dans ce que l’on appelait alors la « dysphorie hystéroïde », trouble qui possède certaines similarités avec le trouble de personnalité de type borderline des classifications actuelles. L’utilisation de ces antidépresseurs avait ensuite été étendue à la phobie sociale, en montrant alors une efficacité certaine. Dernière note historique : Lors des premiers essais randomisés de l’utilisation des psychotropes chez les patients Borderline, on s’est rapidement rendu compte de l’action paradoxale des Benzodiazépines, avec agressivité, désinhibition et impulsivité. D’autres études plus récentes confortent ces résultats. Il n’y a aucune Indication d'AMM pour des psychotropes dans les troubles de personnalité en France ou aux Etats-Unis. Les recommandations issues de la fédération mondiale des sociétés de psychiatrie biologique en 2007 sont claires: « à l’exception de la phobie sociale (personnalité évitante), il n’y a pas d’indication officielle pour l’utilisation des psychotropes dans les troubles de la personnalité ». Les guidelines de l’American Psychiatric Association de 2001 et 2005 les évoquent en « traitement symptomatique d’appoint des psychothérapies »Enfin, une revue Cochrane en 2006 ne met pas en évidence de «preuve d’efficacité » des traitements psychotropes dans les troubles de la personnalité. Pourquoi une telle inefficacité et l’absence d’AMM ? Et en dehors de ces recommandations officielles, quelles pratiques ? Une revue récente de la littérature faite par Conor DUGGAN ne retrouve que 35 essais cliniques contre placebo dans le trouble de personnalité de type Borderline et antisociale. Concernant le niveau « d’évidence scientifique » (Evidence Based Medecine), on retrouve des niveaux de preuve relativement faibles pour les différentes classes thérapeutiques. Seuls les ISRS atteignent un niveau de preuve A dans le trouble de personnalité évitante. Ces résultats scientifiques très faibles sont à mettre en parallèle avec les ,difficultés de réalisation de ces études : très nombreuses sorties d’essais, durée d’évaluation insuffisante, contrôle insuffisant des comorbidités (présentes à plus de 50% dans le trouble de personnalité Borderline) notamment de la dépression dans le Syndrome de Stress Post Traumatique (SSPT), en effet, l’amélioration sous antidépresseurs d’un patient souffrant d’un SSPT et d’une dépression ne préjuge pas de l’efficacité de l’antidépresseur dans le SSPT seul. Il y a cependant une large utilisation des psychotropes dans les troubles de la personnalité, avec la définition empirique de symptômes cibles, notamment chez les Borderline. Pour chacune des dimensions cliniques, les données issues de la littérature sont peu importantes, mais on retrouve cependant un certain consensus : sur les symptômes de déséquilibre émotionnel, on retrouve une certaine efficacité de plusieurs classes thérapeutique : les antidépresseurs ISRS, les Neuroleptiques atypiques, le Valproate et les anticonvulsivants type lamotrigine et topiramate semblent relativement efficaces. Les antidépresseurs IMAO seront prescrits en seconde intention. On retrouve un profil quasi identique sur les symptômes comportementaux d’impulsivité. Les expériences animales mettent en évidence le rôle de la sérotonine dans les conduites impulsives d’où l’intérêt probable des antidépresseurs sérotoninergiques. On retrouve des études retrouvant un effet modeste de l’adjonction d’olanzapine à un traitement par thérapie cognitivo-comportementale, ou encore un effet modéré de la fluoxetine. Enfin, d’autres essais mettent en évidence une possible action des omegas 3, de la clonidine ou de la naltrexone. Le professeur Boulenger conclut sur l’importance du repérage et du traitement des comorbidités, avec une stratégie séquentielle du traitement à court terme. Et sur le long terme, sur l’importance de l’approche « dimensionnelle » qui devrait se développer dans les prochaines années, avec la nécessité d’études contrôlées sur un nombre plus important de sujets. |
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Troubles de la personnalité et neuroimagerie - Dr Fabrice JOLLANT |
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Dernière mise à jour de la page: 3 juillet 2009 Troubles de la personnalité et neuroimagerie cérébrale : exemple de la psychopathie Dr Fabrice Jollant Psychiatre Praticien Hospitalier Universitaire CHU Montpellier
La psychopathie concerne 1% de la population générale (Kiehl, 2006) et 15 à 20% de la population carcérale. 80 à 90% des détenus répondent aux critères de personnalité antisociale. On distingue la personnalité antisociale - caractérisée par la présence de comportements antisociaux - de la psychopathie, entité plus homogène. Ces deux troubles de la personnalité partagent cependant des facteurs génétiques communs. Selon l’étude de Dunedin qui s’intéresse à l’interaction entre maltraitance/génétique/comportements antisociaux, le poids de l’environnement précoce est moins important que les facteurs génétiques dans la survenue de comportements antisociaux dans l’émergence de la psychopathie. Deux dimensions sont à distinguer dans la psychopathie : - les comportements antisociaux : maltraitances, vols, vandalisme, agressions réactives et instrumentales ; - le déficit émotionnel et interpersonnel : narcissisme et égocentrisme, faible empathie, peu d’attachement aux autres, absence de culpabilité. Sur le plan neuropsychologique, la psychopathie n’est pas associée à une altération du quotient intellectuel, des capacités motrices et visuospatiales, ni à des troubles mnésiques ou attentionnels. Au niveau neurophysiologique, les jeunes adultes présentant des comportements antisociaux présentent un défaut précoce de réponse autonome (conductances cutanées), signe d’une faible réactivité émotionnelle (Raine, 1995). D’autre part, les sujets souffrant de psychopathie présentent des troubles du langage abstrait et émotionnel : difficultés dans le traitement de l’information abstraite (Kiehl, 1999), défaut de reconnaissance de la peur d’après la prosodie (Blair, 2002), incapacité à exprimer différemment des mots affectifs et neutres (Louth, 1998) mais sans différence de temps de réaction selon la valence des mots (Williamson, 1991). Cela suggère donc que les sujets psychopathes n’ont pas le même système de communication et de réception de l’information. Une étude de Marsh et Blair a mis en évidence un défaut de reconnaissance faciale de la peur chez les psychopathes comparativement à des sujets sains. Or être capable de reconnaître les émotions d’autrui permet le développement de bonnes capacités sociales. D’autre part, les sujets psychopathes ont un déficit de conditionnement aversif : face à un stimulus aversif, leur réactivité, mesurée par conductance cutanée, reste inchangée (Veit, 2002). Enfin, l’évaluation de la prise de décision montre que ces sujets font des choix risqués, c'est-à-dire entraînant une récompense immédiate mais désavantageuse à long terme (Mitchell, 2002). Deux régions cérébrales jouent un rôle dans la physiopathologie de la psychopathie : le cortex préfrontal ventromédian et l’amygdale. On observe un défaut d’activation du cortex temporal antérieur droit lors de la présentation de mots abstraits (Kiehl, 2004) et de l’amygdale ainsi que du cortex préfrontal ventromédian durant un conditionnement aversif (Birbaumer, 2005) chez les psychopathes comparativement à des sujets sains. Le test du « dilemne du prisonnier », reflet des performances de coopération est un outil d’évaluation pour la psychopathie (Rilling, 2007). La capacité à coopérer et l’activation du cortex orbitofrontal et de l’amygdale sont négativement corrélées. On peut donc formuler l’hypothèse que le psychopathe n’évalue pas correctement la valeur des choses. Ses choix sont guidés par les récompenses immédiates quelques soient les risques, ce qui témoigne d’un défaut d’association entre choix et punition. De même, il est incapable de reconnaître la valeur des autres et leurs souffrances, et donc les conséquences de ses propres actes. La psychopathie peut être considérée comme une maladie développementale sévère, fortement héritable. Elle repose sur une série de déficits émotionnels sous-tendus par le cortex préfrontal ventromédian et l’amygdale, compromettant les comportements sociaux et la prise de décision. Bibliographie:
Kiehl KA, Hare RD, McDonald JJ, Brink J. Department of Psychology, University of British Columbia, Vancouver, Canada. kiehl@cs.ubc.ca We tested the hypothesis that psychopathy is associated with abnormal processing of semantic and affective verbal information. In Task 1, a lexical decision task, and in Task 2, a word identification task, participants responded faster to concrete than to abstract words. In Task 2, psychopaths made more errors identifying abstract words than concrete words. In Task 3, a word identification task, participants responded faster to positive than to negative words. In all three tasks, nonpsychopaths showed the expected event-related potential (ERP) differentiation between word stimuli, whereas psychopaths did not. In each task, the ERPs of the psychopaths included a large centrofrontal negative-going wave (N350); this wave was absent or very small in the nonpsychopaths. The interpretation and significance of these differences are discussed. Turning a deaf ear to fear: impaired recognition of vocal affect in psychopathic individuals. Blair RJ, Mitchell DG, Richell RA, Kelly S, Leonard A, Newman C, Scott SK. Unit on Affective Cognitive Neuroscience, Mood and Anxiety Disorders Program, National Institute of Mental Health, Bethesda, Maryland; 20892-2670, USA.
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The processing of emotional expressions is fundamental for normal socialization and interaction. Reduced responsiveness to the expressions of sadness and fear has been implicated in the development of psychopathy (R. J. R. Blair, 1995). The current study investigates the ability of adult psychopathic individuals to process vocal affect. Psychopathic and nonpsychopathic adults, defined by the Hare Psychopathy Checklist-Revised (PCL-R; R. D. Hare, 1991), were presented with neutral words spoken with intonations conveying happiness, disgust, anger, sadness, and fear and were asked to identify the emotion of the speaker on the basis of prosody. The results indicated that psychopathic inmates were particularly impaired in the recognition of fearful vocal affect. These results are interpreted with reference to the low-fear and violence inhibition mechanism models of psychopathy. Acoustic distinctions in the speech of male psychopaths. Louth SM, Williamson S, Alpert M, Pouget ER, Hare RD. Psychology Department, University of British Columbia, Vancouver, Canada. A key feature of psychopathy is the ability to deceive, manipulate, and con the unwary, while seeming to be perfectly sincere. Is this impression of sincerity achieved solely through body gestures and facial expression, or is there also something different about the voice quality of psychopaths? We analyzed the acoustic characteristics of speech in 20 male offenders (10 psychopaths and 10 nonpsychopaths), assessed with the Psychopathy Checklist--Revised (Hare, 1991). We used a computer program developed by Alpert, Merewether, Homel, Martz, and Lomask (1986) to measure variations in amplitude and prosody. Results indicated that psychopaths spoke more quietly than controls and did not differentiate, in voice emphasis, between neutral and affective words. These findings are consistent with the developing view that psychopaths are insensitive to the emotional connotations of language. In addition, their vocal characteristics may be part of a self-presentation mode designed to manipulate and control interpersonal interactions. Abnormal processing of affective words by psychopaths. Williamson S, Harpur TJ, Hare RD. Department of Psychology, University of British Columbia, Vancouver, Canada. We tested the hypothesis that psychopathy is associated with abnormal processing of affective verbal material. Criminal psychopaths and nonpsychopaths, defined by the Psychopathy Checklist, performed a lexical decision task ("Is it a word or not?") while we recorded reaction time and event-related potentials in response to letter-strings consisting of affective and neutral words and pronounceable nonwords. On the assumption that they do not make efficient use of affective information, our primary prediction was that psychopaths would show less behavioral and event-related potential differentiation between affective and neutral words than would nonpsychopaths. The results were in accordance with this prediction. The lexical decisions of nonpsychopaths were significantly faster, and relevant event-related potential components were significantly larger, to affective words than to neutral words. In sharp contrast, psychopaths failed to show reaction time facilitation or larger amplitude event-related potentials to affective words. We suggest that psychopaths extract less information from affective words than do other individuals. Possible implications of these and related findings for understanding the behavior of psychopaths are discussed. Deficits in facial affect recognition among antisocial populations: a meta-analysis. Marsh AA, Blair RJ. National Institute of Mental Health, National Institutes of Health, Bethesda, MD 20892, USA.
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Individuals with disorders marked by antisocial behavior frequently show deficits in recognizing displays of facial affect. Antisociality may be associated with specific deficits in identifying fearful expressions, which would implicate dysfunction in neural structures that subserve fearful expression processing. A meta-analysis of 20 studies was conducted to assess: (a) if antisocial populations show any consistent deficits in recognizing six emotional expressions; (b) beyond any generalized impairment, whether specific fear recognition deficits are apparent; and (c) if deficits in fear recognition are a function of task difficulty. Results show a robust link between antisocial behavior and specific deficits in recognizing fearful expressions. This impairment cannot be attributed solely to task difficulty. These results suggest dysfunction among antisocial individuals in specified neural substrates, namely the amygdala, involved in processing fearful facial affect. Brain circuits involved in emotional learning in antisocial behavior and social phobia in humans. Veit R, Flor H, Erb M, Hermann C, Lotze M, Grodd W, Birbaumer N. Institute of Medical Psychology and Behavioral Neurobiology, University of Tübingen, Gartenstrasse 29, 72074, Tübingen, Germany. While psychopaths (PP) lack anticipatory fear, social phobics (SP) are characterized by excessive fear. Criminal PP, SP and healthy controls (HC) participated in differential aversive delay conditioning with neutral faces as conditioned (CS) and painful pressure as unconditioned stimuli. Functional magnetic resonance imaging revealed differential activation in the limbic-prefrontal circuit (orbitofrontal cortex, insula, anterior cingulate, amygdala) in the HC. By contrast, the PP displayed brief amygdala, but no further brain activation. The SP showed increased activity to the faces in the amygdala and orbitofrontal cortex already during habituation. Thus, a hypoactive frontolimbic circuit may represent the neural correlate of psychopathic behavior, whereas an overactive frontolimbic system may underly social fear. Risky decisions and response reversal: is there evidence of orbitofrontal cortex dysfunction in psychopathic individuals? Mitchell DG, Colledge E, Leonard A, Blair RJ. Institute of Cognitive Neuroscience, University College London, UK. This study investigates the performance of psychopathic individuals on tasks believed to be sensitive to dorsolateral prefrontal and orbitofrontal cortex (OFC) functioning. Psychopathic and non-psychopathic individuals, as defined by the Hare psychopathy checklist revised (PCL-R) [Hare, The Hare psychopathy checklist revised, Toronto, Ontario: Multi-Health Systems, 1991] completed a gambling task [Cognition 50 (1994) 7] and the intradimensional/extradimensional (ID/ED) shift task [Nature 380 (1996) 69]. On the gambling task, psychopathic participants showed a global tendency to choose disadvantageously. Specifically, they showed an impaired ability to show learning over the course of the task. On the ID/ED task, the performance of psychopathic individuals was not significantly different from incarcerated controls on attentional set-shifting, but significant impairments were found on response reversal. These results are interpreted with reference to an OFC and amygdala dysfunction explanation of psychopathy. PMID: 12207998 [PubMed - indexed for MEDLINE] Temporal lobe abnormalities in semantic processing by criminal psychopaths as revealed by functional magnetic resonance imaging. Kiehl KA, Smith AM, Mendrek A, Forster BB, Hare RD, Liddle PF. Institute of Living, Hartford, CT 06106, USA. kent.kiehl@yale.edu We tested the hypothesis that psychopathy is associated with abnormalities in semantic processing of linguistic information. Functional magnetic resonance imaging (fMRI) was used to elucidate and characterize the neural architecture underlying lexico-semantic processes in criminal psychopathic individuals and in a group of matched control participants. Participants performed a lexical decision task in which blocks of linguistic stimuli alternated with a resting baseline condition. In each lexical decision block, the stimuli were either concrete words and pseudowords or abstract words and pseudowords. Consistent with our hypothesis, psychopathic individuals, relative to controls, showed poorer behavioral performance for processing abstract words. Analysis of the fMRI data for both groups indicated that processing of word stimuli, compared with the resting baseline condition, was associated with neural activation in bilateral fusiform gyrus, anterior cingulate, left middle temporal gyrus, right posterior superior temporal gyrus, and left and right inferior frontal gyrus. Analyses confirmed our prediction that psychopathic individuals would fail to show the appropriate neural differentiation between abstract and concrete stimuli in the right anterior temporal gyrus and surrounding cortex. The results are consistent with other studies of semantic processing in psychopathy and support the theory that psychopathy is associated with right hemisphere abnormalities for processing conceptually abstract material. Deficient fear conditioning in psychopathy: a functional magnetic resonance imaging study. Birbaumer N, Veit R, Lotze M, Erb M, Hermann C, Grodd W, Flor H. Institute of Medical Psychology and Behavioral Neurobiology and Section of Experimental Resonance Imaging of the CNS, Department of Neuroradiology, University of Tübingen, Tübingen, Germany. CONTEXT: Psychopaths belong to a larger group of persons with antisocial personality disorder and are characterized by an inability to have emotional involvement and by the repeated violation of the rights of others. It was hypothesized that this behavior might be the consequence of deficient fear conditioning. OBJECTIVE: To study the cerebral, peripheral, and subjective correlates of fear conditioning in criminal psychopaths and healthy control subjects. DESIGN: An aversive differential pavlovian delay conditioning paradigm with slides of neutral faces serving as conditioned and painful pressure as unconditioned stimuli. SETTING: The Department of Medical Psychology at the University of Tübingen, Tübingen, Germany. PARTICIPANTS: Ten male psychopaths as defined by the Hare Psychopathy Checklist-Revised and 10 age- and education-matched healthy male controls. The psychopaths were criminal offenders on bail and waiting for their trial or were on parole. The healthy controls were recruited from the community. MAIN OUTCOME MEASURES: Brain activation based on functional magnetic resonance imaging, electrodermal responses, emotional valence, arousal, and contingency ratings. RESULTS: The healthy controls showed enhanced differential activation in the limbic-prefrontal circuit (amygdala, orbitofrontal cortex, insula, and anterior cingulate) during the acquisition of fear and successful verbal and autonomic conditioning. The psychopaths displayed no significant activity in this circuit and failed to show conditioned skin conductance and emotional valence ratings, although contingency and arousal ratings were normal. CONCLUSION: This dissociation of emotional and cognitive processing may be the neural basis of the lack of anticipation of aversive events in criminal psychopaths. Neural correlates of social cooperation and non-cooperation as a function of psychopathy. Rilling JK, Glenn AL, Jairam MR, Pagnoni G, Goldsmith DR, Elfenbein HA, Lilienfeld SO. Department of Anthropology, Emory University, Atlanta, Georgia 30322, USA.
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BACKGROUND: Psychopathy is a disorder involving a failure to experience many emotions that are necessary for appropriate social behavior. In this study, we probed the behavioral, emotional, and neural correlates of psychopathic traits within the context of a dyadic social interaction. METHODS: Thirty subjects were imaged with functional magnetic resonance imaging while playing an iterated Prisoner's Dilemma game with human confederates who were outside the scanner. Subjects also completed two self-report psychopathy questionnaires. RESULTS: Subjects scoring higher on psychopathy, particularly males, defected more often and were less likely to continue cooperating after establishing mutual cooperation with a partner. Further, they experienced more outcomes in which their cooperation was not reciprocated (cooperate-defect outcome). After such outcomes, subjects scoring high in psychopathy showed less amygdala activation, suggesting weaker aversive conditioning to those outcomes. Compared with low-psychopathy subjects, subjects higher in psychopathy also showed weaker activation within orbitofrontal cortex when choosing to cooperate and showed weaker activation within dorsolateral prefrontal and rostral anterior cingulate cortex when choosing to defect. CONCLUSIONS: These findings suggest that whereas subjects scoring low on psychopathy have emotional biases toward cooperation that can only be overcome with effortful cognitive control, subjects scoring high on psychopathy have an opposing bias toward defection that likewise can only be overcome with cognitive effort. |
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Suicide et Religions - Dr Simon BENAMRAN, Père Claude MICHEL, Pasteur Jean-François BREYNE, Pr Mustafa CHERIF, Dr Brigitte RIMLINGER, Dr Fabrice LORIN |
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Dernière mise à jour de la page: 2 juillet 2009 SUICIDE ET RELIGIONS Judaïsme, Catholicisme, Protestantisme, Islam 3ème congrès franco-algérien de psychiatrie, 9 juin 2007 Montpellier Dr Simon BENAMRAN, Père Claude MICHEL, Pasteur Jean-François BREYNE, Pr Mustafa CHERIF, Dr Brigitte RIMLINGER, Dr Fabrice LORIN INTRODUCTION 1 Pourquoi l’initiative de cette rencontre ? Par le Dr Brigitte RIMLINGER Pour paraphraser Albert Camus dans Le mythe de Sisyphe -« Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux, c’est le suicide »- « Il n’y a qu’un problème psychiatrique vraiment tabou, c’est le suicide ». « Tabou » est un nom polynésien. Son opposé est « noa » : libre. Le tabou définit ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. « Est tabou », écrit Roger Caillois, dans L’homme et le sacré, « ce qui porte atteinte à l’ordonnance universelle qui est celle de la nature et de la société ». Le tabou est donc destiné à maintenir l’intégrité du monde organisé ; il empêche de mourir en retournant symboliquement à un état chaotique, celui d’avant l’arrivée des dieux créateurs. Comment donc parler du suicide, de cet acte qui vient transgresser le tabou fondamental du respect de la vie : du « Tu ne tueras point » entendu par Moïse au Mont-Sinaï, à la Cour Européenne qui, en 2002, a confirmé à l’unanimité que le suicide n’entrait dans le champ d’aucun droit de l’homme, cet interdit est gravé dans notre histoire. Nommer l’acte suicidaire comme tel est déjà difficile ; un « accident », « une prise exagérée de médicaments » en sont souvent les masques funéraires. S’interroger sur le suicide d’un patient, dialoguer avec sa famille, avec ses confrères, laisse démuni, désemparé. La rationalisation médicale est souvent la première et seule tentative : « il était déprimé…impulsif…alcoolisé ». Mais après… ? Dans notre société, où le sacré se déplace souvent de la religion vers la rationalité de l’idéal scientifique, que dit le médecin quand il est interpellé par le sens de l’acte suicidaire ? C’est parfois grâce au silence empathique que l’entourage ose demander : « Vous êtes croyant, docteur ? » Comme si pour lui, à travers l’impossible réponse, le médecin redevenait profane ; comme si on pouvait alors l’interroger sur d’autres formes de sacré… C’est donc une forme d’examen de consciences, consciences que nous allons essayer aujourd’hui d’éclairer et de partager avec nos différents intervenants. 2 Suicide et philosophie par le Dr Fabrice LORIN : Pour cette table ronde, notre souhait est d'aborder la question du suicide à trois niveaux, que je vois comme trois étages d'une fusée. 1-Le premier niveau est celui du psychiatre. Pour le praticien, le patient qui se suicide -et que pourtant nous suivons attentivement en soins- est un échec. Tout à fait comparable à l'opéré qui meurt sur la table d'opération entre les mains du chirurgien. Car là nous sommes au cœur de la machine , l'être humain, et les relations que nous avons nouées avec un autre être humain. L’approche univoque du seul homme biologique apparaît distanciée et incomplète. Revenons à l'Homme. Chaque psychiatre sait au fond de lui, dans son intime état des lieux, d'examen de conscience et d'analyse de son activité ou de sa carrière, quels sont ses patients qui se sont suicidés. Il peut ressentir de la culpabilité. Nul n'est à l'abri. Heureusement. Au risque de la toute puissance. Devant ces difficultés, nous psychiatres, nous nous tournons et nous sommes en demande d'aide vis-à-vis des gens de religion. Messieurs, par votre pratique, par votre expérience, aidez-nous dans la prévention du suicide, l'accompagnement du suicidant, aidez-nous à diminuer cette hécatombe : 800 000 suicides/an dans le monde, 1 décès par suicide toutes les 30 secondes. 2-Le second niveau de la fusée est le point de vue de chaque religion vis-à-vis du suicide, vis-à-vis de l'accompagnement de la famille, vis-à-vis d'un ailleurs, d’unealtermondialisation des âmes. 3-Mais ce second niveau, est indissociable du troisième niveau : notre conception de la mort et de « l' après la mort ». Nous sommes entrés dans le champ de la métaphysique. Classiquement la science et la philosophie s'arrêtent à ce seuil et laissent à la religion tout ce domaine. Mais en allant plus loin, il y a 2 sortes d'approche : l'une sacrée religieuse et l'autre que je nommerais approche culturelle athée; mais, à l'insue de son plein gré, l'athéisme républicain rejoint toujours le sacré: il est frappant de voir que chaque Président de la République française à peine élu, a pour premier geste d'aller se recueillir soit au Panthéon, soit sur une dalle funéraire. Et là je cite Léo STRAUSS : « Un peuple vivant est un peuple habité par ses morts ». L’athée se pose la question de la mort volontaire, de l’euthanasie. Voilà donc nos trois étages de la fusée : Le psychiatre face au suicide, La religion et le suicide, L’homme et la mort Suicide, mort et philosophie : la philosophie ne dit rien frontalement sur la mort. Elle l'aborde sous les concepts de négatif ou de néant et elle laisse à la religion le discours sur l'au-delà. Elle ne peut penser la mort que dans la vie, soit pour définir une ontologie de la finitude, soit pour suggérer une éthique du savoir-mourir. La mort du philosophe devient alors une affaire de pédagogie pour les vivants. Cependant la mort de soi demeure toujours impensable et l'on se découvre comme des survivants face à la mort des autres. Il y a une impasse de la philosophie à parler de la mort en soi, de la mort de soi, elle ne peut parler que de la mort de l'autre. En philosophie, le trio grec de l’âge d’or -SOCRATE, PLATON et ARISTOTE- est contre le suicide. Surtout PLATON ! Plus tard le mouvement philosophique stoïcien fait évoluer les idées. Nous connaissons le suicide de SENEQUE, précepteur de NERON. SENEQUE se suicide sur l’ordre du tyran. L’idéal stoïcien reste de faire la paix définitive en soi, de se rendre invulnérable à toute atteinte du monde extérieur et surtout qui viendrait de ce qui ne dépend pas de soi, cet idéal peut conduire au suicide. Dans Les lettres à LUCILIUS, SENEQUE explique que la soumission au destin n’est pas une résignation ou une négation de la liberté : si le sage prend acte des arrêts du destin, il lui reste à choisir l’attitude qui convient, à se placer du coté du courage et de l’excellence. Le suicide stoïcien est à lire comme courageuse acceptation du destin. Quand NERON lui ordonna de mourir, SENEQUE s’ouvrit les veines pour mourir en homme libre, comme SOCRATE et CATON d’Utique après la défaite de POMPEE. A la Renaissance, MONTAIGNE affirme : « philosopher c'est apprendre à mourir » Le duo des philosophes contemporains à s'être penché sur la mort sont HEIDEGGER avec l'être pour la mort (l’Etre en vue de la mort) et LEVINAS pour lequel l'expérience fondamentale est l'autre ; comme si ma mort n'était pas aussi intéressante poignante et saisissante que l'autre qui va mourir. Dans notre société, nous essayons de lisser l'horreur de la mort, construire une cosmétique généralisée vis-à-vis de la mort. Mais elle troue le masque et interroge de façon radicale. L'idée fondamentale de notre époque est de ne plus mourir, se débarrasser de cette finitude. L'Humanité se sépare d'ailleurs en deux par un apartheid économique et social : il y a d’un côté les plus mortels, les pauvres à espérance de vie de 40 ans et de l'autre les moins mortels, les riches, d'espérance de vie pouvant aller jusqu'à 100 ans. L'idée de la mort volontaire, du suicide peut donner de la force, et/ou poser un problème de place dans la transmission. Qu'est-ce qui se transmet dans ce geste-là ? Un suicide dans une famille, amène la descendance à être hantée par ce risque. Au 20e siècle, le suicide de Jean AMERY rescapé d'Auschwitz, puis de Primo LEVI également rescapé d’Auschwitz 3 Monowitz (camp de concentration et non pas d’extermination qui était Auschwitz 2 Birkenau), pose la question du survivant et de la culpabilité du survivant. Primo LEVI dit que les justes ont tous été tués et seuls s’en sont sortis ceux qui ont été débrouillards, ceux qui ont pu travailler, voire voler le pain et la soupe des autres etc. Lui ne l’a jamais fait mais comme il ne meurt pas en camp, il est donc du coté des voleurs. Quand il se donne la mort en 1987, c’est le camp qui le tue, 32 ans après sa « libération » par les russes, il redevient in fine un juste. Pour CAMUS « la seule question philosophique sérieuse c'est le suicide ». Que faire de sa vie ? Comment la terminer ? La liberté du sujet libre implique son rapport libre à sa mort librement consentie, une liberté donnée et achevée. En dehors des quatre monothéismes, nous observons dans la culture Inuit traditionnelle, que les vieilles personnes se laissaient mourir de froid quand elles devenaient une charge trop importante pour leurs proches. Le film d’IMAMURA « La ballade de Narayama » illustre le même destin au Japon : une vieille femme sans utilité pour sa communauté est abandonnée dans la montagne. Ces traditions posent la question des relations entre suicide et sacrifice, pour la survie économique ou démographique de la communauté. Questions : 1-Quelle aide la foi peut-elle apporter au fidèle lorsqu'il a des idées de suicide ? 2-Comment la religion se positionne t' elle vis-à-vis de la liberté individuelle ? 3-La religion est-elle au même titre que l’Art, l'imaginaire, un fantasme pour voiler le réel de la mort, ce gouffre qu'il faut transformer en beauté ? 4-Y a-t-il un Au-delà pour le suicidé ? Un autre monde, une altermondialisation des âmes ? 5-Quel soutien, quelles paroles les monothéismes peuvent-ils apporter à la famille et aux proches du suicidé ? 6-Que pensez-vous de l’assistance au suicide, de l’euthanasie ? 7-Est-ce que la confession au prêtre dans la religion catholique protège mieux la vie que la confession solitaire face à Dieu dans le protestantisme, le judaïsme, l’islam ? La confession introduit-elle un tiers, un guide, un lien social ? La liberté individuelle expose t' elle au danger ? 8-Après un suicide raté ou pour l’entourage endeuillé, y-a-t-il un retour vers une pratique religieuse ? La religion a fonction d’étayage et de lien social. 9-Le suicide collectif dans certaines sectes : quand la religion pousse t' elle au suicide? 10- Certains historiens avancent que l’Eglise catholique par St Augustin (354-430) et St Thomas D’Aquin (1227-1274), a interdit tardivement le suicide car auparavant avec Eusèbe de Césarée, il y avait trop de candidats-martyres au « suicide religieux » face aux persécutions (l’hagiographie de Sainte Pélagie) et cela décimait les rangs de la chrétienté, cf. les martyrs de l’islam actuellement. Pour aborder toutes ces questions, nous avons réuni pour cette table ronde un vrai carré d’as et j’en profite pour les remercier tous les quatre d’avoir agréé notre invitation : 1- Le Dr Simon BENAMRAN est médecin et anime l’association Rambam (Rabbénou Moché ben Maïmone= Maïmonide), association de médecins juifs du Languedoc-Roussillon, qui réfléchit sur des questions d’éthique. 2-Le Père Claude MICHEL, délégué de la pastorale de la santé au diocèse de Montpellier, prêtre de la paroisse de Lattes 3-Le Pasteur Jean-François BREYNE, pasteur de l’Eglise Réformée de France à Nîmes, 4-Le Pr Mustafa CHERIF, professeur de culture islamique à l’Université d’Alger, ancien ministre de l’enseignement supérieur, ancien ambassadeur d’Algérie en Egypte. SUICIDE ET JUDAISME par le Dr Simon BENAMRAN La position traditionnelle du judaïsme envers le suicide nomme deux principes : 1- Interdiction de se suicider 2- Interdiction d’accorder les rites mortuaires au suicidé Mais au delà de ces principes, la Bible, au travers de ses commentateurs, a, de façon très sensible, offert une relativité toute certaine à l’application de ces dogmes. Ce bref exposé, illustré de quelques exemples historiques, a pour ambition, très modeste, d’aider à peaufiner nos grilles de lecture habituelles, au travers d’un prisme cultuel, qui ne se veut pas comparatif. Premier principe : l’interdiction de se suicider. Dés le début de la genèse (Chap. 9 verset 5) la Tora proclame « Votre sang, partie de vous même, j’en demanderai compte. » La tradition en conclut que l’homme n’est pas habilité à porter atteinte à soi même. Dans le Traité des Pères, il y a cette phrase dure dans sa réalité : « C’est malgré toi que tu as été créé, que tu es né, que tu vis et que tu mourras et malgré toi tu devras rendre compte. » Cela laisse peu de place à l’homme libre, au choix inévitable de vivre ou mourir. La vie est un don divin sacré dont on ne dispose pas. Il est permis, selon Maimonide, de renoncer au sacré pour sauver une vie. Un exemple concret: le médecin est dispensé de tous les interdits religieux pour assurer sa mission. C’est dans le Sanhédrin (37 a) que l’on retrouve la fameuse phrase gravée sur la médaille des Justes : « Qui sauve une vie sauve le monde. » Et puis « Tu ne tueras point. » figure bien dans les dix commandements. Tout ceci pour souligner la détermination des textes dans l’affirmation de la primauté de Dieu sur la vie. Nous en sommes uniquement les gestionnaires et surtout pas les propriétaires. Le judaïsme aurait cette particularité selon Maimonide qu’il n’existe pas de différence entre verser son sang ou verser celui d’autrui. Le suicide représente ainsi une double offense à Dieu 1- Désobéissance 2- Une remise en question sinon une atteinte au pouvoir divin sur la vie sur la mort Le 2ème principe est relatif au rite mortuaire. Il est enseigné dans le Traité de Semahot (11 / 1) : « Tout ce qui constitue une marque d’honneur envers la famille endeuillée on l’accomplit, tout ce qui rend honneur au défunt on s’en abstient. » Cette mesure d’une sévérité exceptionnelle contraste avec le respect et la vénération qui caractérise la relation des textes au cadavre humain. Il semble que la double Impasse éthique constitué par d’un coté la réalité du suicide dans le monde et de l’autre la tradition a poussé les décisionnaires à réévaluer dans d’implacables disputations l’application de ces lois. Trois exceptions sont édictées dans Yoma 32 : l’idolâtrie, l’inceste, le meurtre. Devant donc l’obligation de commettre un meurtre un inceste ou un acte d’idolâtrie, le suicide éventuel serait requalifié en mort accidentelle et il serait permis de rendre les honneurs au défunt. En dehors de ces exceptions il y a des situations exceptionnelles qui permettent de se pencher de façon favorable sur tous les cas. On souligne que tant qu’il existe une possibilité d’expliquer le décès comme résultant d’un coup de folie, d’une inconscience soudaine, le suicidé est réhabilité. La loi prend pour axe de pensée le fait que l’instinct de conservation est si difficile à étouffer pour quelqu’un de psychiquement normal qu’il est permis de présumer , jusqu'à preuve du contraire, que la mort était accidentelle . Pour illustrer ces données j’aimerais exposer quelques exemples à commencer par celui de Primo Levi. Retrouvé mort en bas de la cage d’escalier alors qu’il venait de quitter sa concierge il est fort possible qu’il ait eu un malaise qui l’ait fait chuter ; l’hypothèse qu’il se soit suicidé n’est pas exclue mais rien ne permet d’en faire la preuve. L’éthique juive oblige à ne pas reconnaître cette disparition comme un suicide. Dans la bible les exemples sont rares mais réels. Tout le monde connaît l’histoire de Samson et Dalila. Samson humilié et détruit ne réintègre son image de puissance qu’en emportant avec lui dans la mort ses tortionnaires. Mort toutefois honoré parce qu’il échappe à une fin indigne dans le culte d’un peuple idolâtre. Le suicide des insurgés contre Rome dans la forteresse de Massada est resté une légende. Ils s’immolent par l’épée afin que cette besogne ne soit pas laissée à l’adversaire. Et puis il y a le roi Saul vaincu sur le mont Gelboé qui se précipite sur son glaive pour ne pas subir la mort de la main de ses ennemis ; mais la mort tardant à venir il suppliât un de ses soldats de l’achever, ce qu’il fit. Pour Rachi commentateur français du moyen âge « ce n’est pas un assassinat, c’est une mort qui est apportée. » Cela situe exactement le problème de l’euthanasie suicidaire. S’ensuit une multitude d’analyses qui se concluent par 2 principes connus : celui qui précipite la mort d’un agonisant est un assassin mais est également condamnable celui qui entrave le déroulement normal de l’agonie. Ni euthanasie ni acharnement thérapeutique. Mais je crois que l’on empiète sur un autre débat Pour conclure je soulignerais que les essais pour comprendre le suicide sont soumis au mode de fonctionnement intellectuel du judaïsme qui est de tout soumettre à la controverse afin d’exclure les dogmes. SUICIDE ET RELIGION CATHOLIQUE, par le Père Claude MICHEL Le suicide est l’acte délibéré de mettre fin à sa vie.< C’est un acte d’auto destruction. Autolyse dans le domaine médical Parler du suicide en général, ce n’est pas parler des personnes qui se suicident. On cite le chiffre de 11.000 suicides par an, sans parler des TS plus nombreuses encore. Fondements : « Tu ne tueras pas »morale naturelle, l’une des 10 paroles de Yahvé à Moïse « car la vie ne t’appartient pas, elle est DON gratuit de Dieu et d’ailleurs l’instinct le plus fort n’est il pas la conservation de soi ? » Cet interdit fondateur protège les personnes les plus vulnérables. Il y a 3 domaines d’application : l’homicide, le suicide, l’euthanasie Bref historique : la BIBLE rapporte un cas de suicide (2 de Samuel 17/23) : « Abitophel voyant que son conseil n’avait pas été suivi, mit de l’ordre dans sa maison, puis s’étrangla ; on l’ensevelit dans le tombeau de son père. » Le cas de Saül est différent (1 de Samuel 31/4) il demande à son écuyer de le supprimer : « Tire ton épée et transperce moi, de peur que ces païens ne viennent et ne se jouent de moi. » La mort de Judas (Math 27 /5 et A 1 /13) peut être considérée comme une catharsis, comme un besoin de purification. Dans l’histoire de l’Eglise : avant l’édit de Constantin (313), la doctrine de l’église ne condamne pas expressément le suicide. Les choses changent avec Augustin. Dans la Cité de Dieu (413) onze chapitres sont consacrés à la question, c’est un crime de se tuer. Augustin n’accepte aucune raison de se donner la mort. En 452, le concile d’Arles déclare le suicide d’inspiration diabolique. Un siècle plus tard, il est interdit d’enterrer le corps du suicidé (Orléans 533) Thomas d’Aquin durcit cette position pour les mêmes raisons qu’Augustin et également parce que « la vie est un don de Dieu concédé à l’homme ». La doctrine de l’Eglise est ainsi définie pour des siècles. Pie XII et le concile Vatican II réaffirmeront le même jugement. Textes du magistère: Le 5 Mai 1980, la Congrégation pour la doctrine de la foi, prend en compte les acquis des sciences humaines, dans un texte qui concerne l’euthanasie et déclare : « le suicide est aussi inacceptable que l’homicide, car il constitue de la part de l’homme un refus de la souveraineté de Dieu et de son dessein d’amour envers soi même…bien que parfois on le sait, interviennent des conditions psychologiques qui peuvent atténuer voire supprimer la responsabilité. » Le 25 Mars 1995, dans l’encyclique Evangelium vitae (n°66) Jean Paul II : « le suicide est toujours moralement inacceptable, au même titre que l’homicide. Bien que certains conditionnements psychologiques, culturels et sociaux puissent porter à accomplir un geste qui contredit aussi radicalement l’inclination innée de chacun à la vie, atténuant ou supprimant la responsabilité personnelle, le suicide, du point de vue objectif, est un acte gravement immoral, par qu’il comporte le refus de l’amour envers soi même… » Dans le Catéchisme de l’Eglise catholique au n° 2280.2281 « Chacun est responsable de sa vie devant Dieu qui la lui a donnée C’est Lui qui en reste le Souverain Maitre…. Nous sommes les intendants et non les propriétaires de la vie que Dieu nous a confiée. Le suicide est contraire à l’amour du Dieu vivant. » Les obsèques religieuses des personnes suicidées : Pendant longtemps l’église catholique a refusé les obsèques religieuses aux personnes suicidées. C’était encore le cas dans le Code de droit canonique de 1917. Il en était de même pour les divorcés remariés, les excommuniés, les hérétiques et les francs maçons. Mais dans le nouveau Code de droit canonique de 1983 il n’en est plus question. De plus dans un document publié en 1977 par l’épiscopat français sur les funérailles, on peut lire : « ils peuvent être admis aux funérailles religieuses, ce qui ne signifie nullement une approbation du suicide, mais plutôt l’expression d’une difficulté à discerner les motivations qui ont poussé à un tel acte ainsi qu’à en mesurer le degré de responsabilité et le désir de confier celui qui l’a commis à la miséricorde de Dieu. » Ce changement d’attitude montre bien que le développement de la psychiatrie a pu modifier le jugement téméraire qui était porté sur les suicidés. Jusqu’alors on pouvait penser qu’il fallait tout faire pour préserver les personnes de la tentation du suicide. Aspect moral: Le suicide est le plus généralement le refus d’une vie mortelle au profit d’une mort qui donne la liberté. Dans tout suicide responsable, il y a une volonté de ne plus être homme, mais d’être Dieu sans limite. C’est là probablement le fondement sous jacent de la position de l’Eglise et de son refus du suicide. On peut estimer que certains suicides sont effectués consciemment et librement. C’est sans doute le cas d’Henri de Montherlant, admirateur de la force antique, est-ce un acte de courage ? Dans ce cas il y a transgression de l’interdit fondamental : « tu ne tueras pas » Or vous savez mieux que moi que la fonction première de l’interdit est d’être humanisant, dans la mesure où il permet à l’homme de croître. (père mettre) Les interdits sont des repères (re-pères) grâce auxquels l’humanité peut développer la liberté, encourager la vie avec autrui (inceste, meurtre) Le suicide est considéré comme une faute par rapport à Dieu, par rapport à soi même etpar rapport à autrui. En effet je suis dépendant des autres, j’ai des devoirs vis-à-vis de mon conjoint, de mes enfants, de ma famille… et ils ont des droits vis-à-vis de moi, ils ont besoin de moi. D’où la notion de responsabilité : le Moi est vulnérable, il est requis par et pour autrui. Le visage de l’autre m’interpelle. Le visage de l’autre m’ordonne de le servir. (Levinas, Totalité et infini) C’est bien pourquoi l’entourage de la personne suicidée ne cesse pas de s’interroger sur sa part de responsabilité par rapport à l’acte posé. Cependant il est bien difficile de juger un cas de suicide, tant il y a d’éléments subjectifs qui entrent en jeu dans l’acte de se donner la mort. On est en présence d’un cas de suicide seulement lorsque l’intention de l’acte était bien la mort. mais le plus souvent il s’agit d’un acte de révolte, de désespoir, de fuite du réel ou de l’incapacité à supporter le réel. Le suicidé ne voit plus aucun sens à la vie, aucune solution à son problème, ou aucun sens à la souffrance qui l’accable. Le suicide, un défi à la société ? La société se doit de se préserver de la mort, de lutter contre ce qui cause la mort. L’interdit permet de vivre en société et de respecter la vie d’autrui. Toute société s’institue pour repousser la mort et pour rendre possible un vouloir vivre ensemble en canalisant la violence. Plus positivement c’est le devoir de la société de fortifier dans l’individu le désir de vivre. De ce point de vue le suicide est un échec de la société. Il est nécessaire de mobiliser toutes les énergies, toutes les institutions pour éteindre le goût du suicide. La question qui demeure est de savoir ce qui peut donner le goût de vivre, ce qui peut donner de la valeur et du sens à la vie, pour que l’élan vital l’emporte sur l’ennui, le pessimisme et la morosité. La prévention s’impose plus particulièrement vis-à-vis des personnes vulnérables. Pour finir je citerai le docteur Ceicely SAUNDERS, pionnier pour le traitement de la douleur à St. Christopher Hospice, qui disait à propos de l’euthanasie (qu’on appelle aussi assistance médicale pour mourir ou assistance médicale au suicide): « Je pense que le droit à la mort légalisé, ne peut manquer de devenir un « devoir de mourir » pour beaucoup de personnes vulnérables ou au mieux la seule option offerte. » Et Albert CAMUS : « Il n’y a qu’un seul problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie. » (Le mythe de Sisyphe) Claude MICHEL SUICIDE ET PROTESTANTISME par le Pasteur Jean-françois BREYNE Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, Tout d’abord vous remercier de l’honneur que vous me faites d’intervenir devant vous. Ensuite vous faire part de mon embarras. En fait, d’un double embarras : - Celui de ne pas être un spécialiste de ces questions. Je ne suis en effet pas un universitaire, et c’est donc en tant que pasteur de paroisse, de praticien de terrain, devrais-je dire, que je vais tenter de tracer quelques pistes de réflexions avec vous ce matin. - Mon second embarras vient du fait de devoir incarner « la voix du protestantisme ». Car s’il est deux caractéristiques du monde protestant, c’est bien o sa diversité et o son absence de magistère. Pas de discours unique donc, et il convient de distinguer au moins deux grandes familles au sein du protestantisme : - celles dites « évangéliques », c'est-à-dire les Eglises apparues surtout au début du 20ème siècle, notamment aux Etats-Unis, et qui se caractérisent par une lecture plutôt fondamentaliste de la Bible, - et les Eglises dites historiques, c'est-à-dire directement issues de la réforme luthéro-calvinienne et qui privilégient une approche plus historico-critique du texte biblique. Je ne peux donc m’exprimer que du lieu d’où je viens, c'est-à-dire de la seconde famille, et plus précisément de l’Eglise Réformée de France. Résumer en quelques minutes une telle question et vouloir être exhaustif n’étant pas possible, je choisis d’interroger dans un premier temps le corpus biblique, et dans un second temps de vous présenter les réflexions de deux grandes figures de la théologie protestante au XXème siècle, à savoir Karl BARTH et Dietrich BONHOEFFER. Mais avant, une petite anecdote, dont vous comprendrez que je taise le nom des protagonistes. Une ville de France qui reste très fortement marquée par l’empreinte du protestantisme. Il y a un an à peine. Deux pasteurs retraités y vivent. Deux fortes personnalités qui ont marqué la ville. L’un, à l’aube de ses 80 ans, apprend qu’il est atteint d’un cancer. Il refuse tous soins invasifs, et décède quelques mois plus tard. Une semaine après, son vieux camarade de faculté, notre second pasteur, met fin à ses jours. Il s’en était entretenu depuis longtemps avec ses proches, et laisse une lettre à son épouse. L’histoire ne dit pas s’il avait un déficit de sérotonine… Deux histoires, deux attitudes, deux souffrances et deux issues différentes de la part de deux hommes ayant reçu la même formation universitaire, ayant exercé le ministère dans la même Eglise… C’est bien de cela qu’il s’agit : de la singularité d’une histoire humaine, avec sa part d’ombre et de secrets insondables. Et puis il y a l’acte, encore une fois posé dans sa singularité absolue, et la lecture que nous pouvons en faire : et entre les deux, cette énigme qu’est l’intimité du sujet. Parler du suicide, donc, n’est pas, en vérité possible, et je me méfie de toute massification lorsqu’il s’agit de l’homme face à sa souffrance. Pourtant, il nous faut bien tenter de penser l’impensable, et dans le monde protestant, notre premier réflexe est de nous tourner vers notre corpus de référence, à savoir le texte biblique. Force alors est de constater, et BARTH comme BONHOEFFER le confirme, que "le suicide ne se trouve nulle part explicitement interdit dans la bible"1. Cette affirmation vient en rupture des lectures juives et catholiques que nous venons d’entendre, mais qui dit textes fondateurs dit aussi diversités possibles quant à leur interprétation. Si le corpus biblique pose comme absolu l’interdit du « tu ne tueras point », nous interprétons cet interdit comme étant celui du meurtre, et non point dans le sens d’exclure totalement le cas de toute mise à mort possible, comme en témoigne maints exemples qui se terminent par cette terrible injonction « et il sera mis à mort ». Constatons seulement que le suicide ne fait pas partie des exceptions explicitement autorisées, pas plus qu’il n’est explicitement interdit. Nous trouvons dans la Bible trois suicides "réussis", ceux de Saül, d’Ahitophel et de Judas2. Arrêtons-nous d’abord sur celui de Saül. Saül n’est pas n’importe qui : il est le premier roi d’ISRAEL, et il est précédé d’une histoire. Le professeur ANSALDI note que : "Saül est précédé dans son malheur et que, d'une certaine manière, il porte les symptômes de son groupe, en l'espèce, ceux de son peuple. En effet ce dernier vient interpeler Samuel: « [...] donne-nous un roi pour nous jugercomme toutes les nations »"3. Le comme est ici d’importance : ce comme va marquer la suite de la vie de Saül car son destin est tracé : être roi comme les autres rois, sans égard pour l'unicité de sa vocation (du nom que lui donne son Seigneur et qui le rend témoin unique parmi un peuple unique). "Saül se donne la mort quand il devient évident pour lui qu'il ne peut pas être comme,ressembler à l'idéal royal qu'il s'est donné. Le suicide couronne ici l'échec de se construire par lui-même, et donc signe l'impossibilité de maintenir un peu d'amour de soi pour soi (effondrement du minimum de narcissisme nécessaire pour vivre)"4. Notons chemin faisant que son geste ne peut être interprété dans sa seule singularité, car le texte précise qu’il entraine aussi la mort de son écuyer : « voyant que Saül était mort, se jeta lui aussi sur son épée et mourut avec lui ». Par manque de temps, laissons Ahistophel, qui était conseiller de David qui passa du coté d’Absolom pour nous arrêter à Judas. La lecture de l’épisode de Judas est également pleine d’enseignements : car la tradition néotestamentaire nous présente en fait deux versions assez contradictoires, puisqu’en Matthieu5, Judas se pend, alors que la tradition lucanienne6 le fait mourir par accident. De là à parler de suicide indirect par acte manqué, je laisse cela aux professionnels que vous êtes. Judas, comme Saül, semble prisonnier d’un destin. Il est pris dans une histoire, un désir collectif, dont il va devenir le porteur privilégié et tragique : celui d’une attente messianique frustrée. Je m’explique: tout, porte à penser que les auditeurs de Jésus attendaient un messie politique et militaire qui viendrait bouter hors de la terre d’Israël l’occupant romain. Jésus résiste et n’entre pas dans ce projet. Judas, l’Iscariote, dont le nom semble désigner un groupe de résistants-libérateurs extrémistes, ne supporte pas ce qu’il lit comme étant une volte-face de son maitre. Il décide alors de le livrer. Est-ce une ultime provocation pour obliger l’homme de NAZARETH à se révéler par la force et la puissance ? Nous ne le saurons pas. Ce que nous savons, c’est que la violence de Judas, ne pouvant plus s’exprimer contre Jésus, se retourne contre lui-même. Mais la violence de Judas se répercute comme en écho sur le groupe dont il est issu : sa trahison même semble faire écho à une culpabilité du Groupe des 12 : alors, ultime dénégation ? Le suicide du traitre se transforme en mort accidentelle ! ? La difficulté que la première communauté chrétienne parait avoir à relire cet épisode du suicide de Judas me semble exemplaire de notre propre capacité à lire le suicide de l’autre : meurtre, ou tragique accident de la vie lorsque celle-ci ne semble plus possible aux yeux du sujet ? Résumons-nous : - La Bible n’interdit pas explicitement le suicide, me semble-t-il. - Ceux qu’elle nous présente ne sont pas jugés. - Celui de Saül montre un homme pris au piège du « comme », et de la blessure narcissique - Le traitement du geste de Judas suggère une communauté aux prises avec la relecture de cet épisode tragique, et la culpabilité qui en résulte. - Enfin, dans les deux cas, l’acte du sujet ne peut être isolé : il y a immanquablement une violence en retour faite par le suicidant à l’autre. J’en arrive aux positions défendues par la théologie protestante contemporaine. En abordant tout d’abord la question liée à l’ensevelissement : s’il est vrai que le protestantisme n’a jamais refusé de funérailles pour un suicidé, c’est parce que les funérailles sont destinées à accompagner la famille et les proches du défunt, et non ce dernier lui-même. La discipline de mon Eglise précise d’ailleurs que l’Eglise "ne refuse jamais son aide à ceux qui la demandent dans le deuil"7. Dont acte ! Mais si l’homme est toujours accueilli pour être placé au bénéfice de la grâce, le geste, lui, est bien discuté et contesté. Qu’en est-il ? BARTH distingue deux champs, celui de la morale et celui de la théologie. Selon la morale (mondaine, qu'il distingue de la théologie), dit-il, le suicide peut être acceptable. Je cite : "La mort volontaire est un dernier moyen, le plus radical, de se procurer à soi-même droit et liberté"8. Cet acte, qu’aucun animal n’est capable de faire, pose l’homme dans toute l’ampleur de sa liberté. Et BONHOEFFER de dire : "Il n’y a pas de liberté devant Dieu, pas de vie humaine sans la liberté de sacrifier sa vie"9. BARTH va plus loin, en contestant la lecture qui ferait du suicide la "substance de l’acte ultime et irrévocable d’un être humain. Mais qui nous donne le droit [dit-il] d’isoler le dernier instant d’une existence humaine, de ceux qui l’ont précédé, et de juger un homme uniquement en fonction de ce dernier instant ? "10 Et de s’interroger, avec BONHOEFFER, sur le pourquoi d’une telle "surestimation du dernier instant ". Et BARTH d’affirmer : "le suicide n’est pas comme tel un péché irrémissible" 11. Pour autant, le suicide n’en demeure pas moins, théologiquement, un péché, au sens d’un échec tragique de la vie, d’un renoncement au combat de la vie que Dieu veut. Ensuite, parce que la théologie protestante, à la suite de LUTHER, conteste l’idée qu’il puisse y avoir une "mort libre " (pas plus d’ailleurs qu’il ne puisse y avoir de vie libre "en soi", cf. la controverse du cerf et libre arbitre avec ERASME). Enfin, parce qu’il n’incombe pas à l’homme de se juger lui-même. Nul n’est habilité à être son propre juge ! Pourquoi ? Parce que mon identité n’est pas à faire, mais à recevoir, me dit l’Evangile relu et médité par Paul. Ce n’est donc pas parce que je ne peux plus faire que je ne peux plus être. En tout cas, c’est le message de libération que veut nous apporter l’Evangile. C’est une des conséquences de notre compréhension du salut par la grâce au moyen de la foi. De sorte que BARTH s’exclamera : "s’il existe vraiment un pardon des péchés, alors il s’étend aussi au suicide"12. Ce point, vous le comprenez, est essentiel pour la pastorale et pour essayer de travailler les liens de culpabilité chez les familles. Et BONHOEFFER de dire : "il n’y a aucune loi, ni humaine ni divine, capable d’empêcher l’acte ; seuls la consolation de la grâce et le pouvoir de la prière fraternelle apportent un soutien dans une telle tentation…"13. Ce que l’Eglise peut et veut partager, c’est que la parole de l’Evangile ne proclame pas un « tu dois vivre », mais bien un « tu peux vivre », un « il t’est permis de vivre, car Dieu croit en toi, même si toi tu crois que tu n’en vaux plus la peine ». Voilà la position, me semble-t-il, de la tradition qui est la mienne. Une catéchèse axée sur la notion d’identité reçue, dans la foi, et non pas dans la logique mondaine de devoir se faire un nom pourrait participer d’une démarche préventive, à notre échelle, du geste suicidaire. Je vous remercie de votre attention. Pasteur Jean-François Breyne Bibliographie:
1 Cf. K. Barth, in Dogmatique, Genève, Labor et Fides, 1965, tome 16 de la traduction française, page 93. 2 En 1 Samuel 31, 4 et 5 ; 2 Samuel 17, 23 et Mt. 27, 5 et Actes 1, 18. 3 In : Le suicide, collectif, Genève, 2002, Presses universitaires bibliques, p. 145 4 Idem, p. 146. 5 Mt. 27, 5 6 Actes 1, 18 7 In Disciple de l'Union nationale des associations cultuelles de l'Eglise réformée de France, Article 10, § 2. 8 Op. cit. p. 87. 9 In Ethique, Genève, Labor et Fides, 1969, p. 133. 10 Dogmatique, op. cit. p. 88. 11 Dogmatique, op. cit. p.89. 12 Dogmatique, op. cit. p. 90 13 Ethique, op. cit. p. 138.
SUICIDE ET ISLAM par le Pr Mustapha CHERIF Mesdames Messieurs, chers collègues, je remercie vivement l’Association Franco-Algérienne de Psychiatrie de m’avoir invité, le Dr Mohamed Taleb m' a sollicité avec tant de courtoisie que je n’ai pu décliner. Je suis honoré et en même temps assez impressionné d’adresser la parole à ceux qui ont le savoir et le talent pour tenter de comprendre et d’essayer de guérir objectivement les déséquilibres mentaux. Quant on invite un philosophe, un théologien, un islamologue, croyant de surcroît, on s’attend peut être à entendre, une fois de plus, un plaidoyer pour la religion et un rappel des interdits en la matière. C’est précisément ce que je m’astreins toujours à ne pas faire. Dans le contexte de la domination de la raison instrumentale, du progrès technoscientifique et de la sécularisation du monde, horizon défini comme opposé a la subjectivité, aux idéologies et aux obscurantismes, parler de religion et encore plus de l’islam, ce méconnu, dans le contexte de la crise de la vie moderne, à des psychiatres et à des psychanalystes peut paraître risqué voire suicidaire. Pourtant, il faut bien essayer de dialoguer, de prendre du recul, de prendre la parole, ce bien si dangereux, et tenter de penser ou déconstruire la question du suicide au regard de la religion, sujet au cœur de tant d'enjeux. Dans « L’avenir des illusions », Freud écrit : « Vous savez que le combat de l’esprit scientifique contre la vision religieuse du monde n’a pas pris fin, il se déroule encore sous nos yeux, dans le présent … et nous n’allons tout de même pas nous refuser de chercher à y voir clair dans cette dispute ». J’ajouterai : chercher à y voir clair est une exigence majeure, surtout lorsqu’il s’agit de la question tragique par excellence le suicide. Si en 1917 dans « Actes obsédants et exercices religieux » Freud assimile la religion à une culture fétichiste généralisée dans les dénis des réalités humaines, le propos qu’il développera plus tard dans L’avenir d’une illusion inscrit le phénomène religieux dans le champ de l’ensemble des savoirs que s’est donné l’homme pour tenter de maîtriser les forces de la nature. Bien plus, dans « Malaise dans la culture », il se demande quel destin attend l’humanité et par quelles transformations de la religion elle est appelée à passer. Un regard musulman, sans le moins du monde sous estimer les opportunités, les acquis considérables et prodigieux de la modernité, considère que le malaise est profond, que les deux plus hautes performances de l’être humain : science et art, n’ont pas comblé cette caverne creusée dans l’être que l’on appelle : la sortie de la religion de la vie. Ce regard constate les dérives, les injustices, les violences et la désignification du monde et les signes multiples de déshumanisation. Il est étonnant que les maladies mentales, les angoisses et les suicides ne soient pas encore plus visibles. En conséquences, au vue de la complexité de la question, le débat, la recherche, l’interdisciplinarité, voire l’interculturel et l’interreligieux paraissent comme vitaux pour tenter de faire face à ce qui est requis des gens du savoirs . D’Ibn Sina à Ibn- Rochd, d’Ibn Omran à Ibn Khaldoun et Ibn Arabi, ces penseurs et grands esprits n’ont pas succombé à une opposition irréductible entre foi et savoir, et je le crois non plus, ces penseurs "areligieux" que sont Freud, Lacan, Derrida, Foucault, Deleuze, Desanti, Granel, Nancy, Major et d’autres penseurs de notre temps. L’attachement à la science et à l’exercice de la raison sans condition n’est pas exclusif. Ces penseurs et praticiens ne méprisaient pas la religion, la foi, les valeurs de l’esprit. Chez les penseurs musulmans classiques qui ont traité de la question de la maladie mentale, des désordres psychologiques et partant de l’aboutissement extrême, le suicide, opéraient des analyses et interprétations qui tenaient compte de la singularité de la religion musulmane, comme source de prévention et de guérison, sans amalgame ni confusion. Je dis bien singularité de la religion musulmane, en tant que telle. Car, par delà le fond commun et des dimensions proches avec les autres religions, notamment monothéistes, l’islam est singulier. En termes méthodologiques, cela nous oblige à rappeler que les psychiatres et les psychanalystes, les chercheurs en Occident, en général, comme nous le dit Lacan lui même, font souvent prévaloir, articulés et mondialisés, sur le plan de l’expérience morale, humaine et culturelle : l’expérience religieuse judéo-chrétienne. Par conséquent des concepts, même sécularisés sont encore imprégnés d’une vision qui n’est pas identique ou applicable aux référents des autres cultures et singularités, en particulier ceux de l’islam. Cela dit, il reste à garder le cap sur l’universel et les exigences éthiques de la civilisation et les objectifs de la science, en tenant compte de ce qui est singulier. C'est à dire tenir compte des singularités et en même temps, tenter de nous accorder sur des instruments d'analyse métaculturelle. L’Islam, sans détour, affirme que vivre c’est être mis à l’épreuve. Rien n’est donné d’avance. Nous sommes risqués. La vie est dure, grave, et belle à la fois. Elle nous apporte un peu de joie, et des douleurs, des déceptions qu’il faut surmonter. Tâche apparemment insoluble et impossible que celle d’éviter avec certitude les errements et les errances de toutes natures, de maîtriser aisément la difficulté du vivre, de comprendre et d’apprendre à vivre. L’Islam bien compris ne propose ni un remède expéditif, ni un sédatif, ni une explication hâtive, ni un palliatif, qui satisfont les besoins de protection et de consolation dans le contexte indépassable des épreuves et des risques. La Parole coranique et le Prophète, références fondatrices, refusent les voies de la diversion, qui font peu de cas de notre conduite humaine. Ils refusent les satisfactions substitutives et les pratiques qui prétendent nous rendre insensibles ou inhumains. L’Islam oriente de telle manière pour que chacun assume l’épreuve du vivre, dans la patience et l’engagement à la fois, dans la multiplicité, à l’infini, des cas. Il ne s’agit pas de régler à priori la marche à suivre, mais d’adopter une direction de vie, qui permet, à certaines conditions, de trouver la mesure, de se préserver du pire, et de garder ouverte la possibilité de s’orienter vers le vrai. L’Islam affirme, que rien n’est donné d’avance, c'est-à-dire personne n’a la garantie de sortir sain et sauf de l’expérience du vivre et des risques du basculement, comme dans la maladie mentale et partant du suicide, forme extrême et majeure de l’échec, dont il faut justement se prémunir. La piété, ettaquwa, en islam signifie se prémunir. La religion musulmane se veut l’horizon par delà tous les horizons pour se prémunir de toutes les dérives possibles. Face à la complexité de l’esprit, à la difficulté de l’existence et à la dureté du vivre, notamment face à nos propres pulsions, illusions et contradictions, tout ensemble, qui peuvent faire rage contre nous de manière traumatisante, déstabilisante et mortifère, il est demandé par l’Islam de ne pas renoncer au bonheur, ni de s’isoler, ni de se replier, et fin des fins de ne pas se laisser mourir. La visée du Message, sans en rien occulter les difficultés, bien au contraire les éclaire, appelle à honorer la vie. Le suicide est explicitement prohibé et défini comme un meurtre. Ce n’est pas seulement à cause du caractère sacré de la vie, mais aussi et surtout du fait que la Parole coranique ne se limite pas à énoncer l’interdit, elle ouvre les voies, les possibilités et les conditions pour résister, trouver la mesure et ne pas succomber. Il faut savoir que la tradition musulmane, les ulémas, les savants, considèrent qu’un déséquilibré mental lourd qui met fin à ses jours est irresponsable et partant garde, malgré tout, la qualité de musulman, et la possibilité du salut. Cela signifie que les conditions, les causes et les intentions de l’acte sont déterminantes pour ce qui est du devenir. L’Islam appelle à l’ouvert. La première sourate, qui résume toute la Parole coranique, s’appelle la Fatiha, l’Ouverture, et des dizaines d’occurrences de ce concept essaiment le corpus. S’enfermer, refuser les autres, les épreuves du vivre et le sens ouvert c’est s’inscrire dans la logique du suicide. La singularité de l’Islam se situe aussi dans le fait que la vie n’est pas imposée. Selon le Coran, l’homme par un pacte de prééternité a accepté les conditions de l’existence. La vie dernière dans l’au-delà est la visée finale et essentielle, mais le Coran précise à l’être humain : n’oublie pas ta part en ce bas monde. Il s’agit ainsi d’assumer, de s’engager, d’aller vers l’ouvert, mais de rester vigilant et modéré. Pour prévenir les angoisses, les déséquilibres, les désordres et les maladies mentales, et leur forme extrême le suicide, contrairement à ce que font en son sein les extrémistes intégristes en usurpant le nom « musulmans », l’Islam ne rabaisse pas la valeur de la vie, ni ne déforme de manière idéologique, délirante ou utopique l’image du monde réel. Il n’intimide pas non plus l’intelligence et n’oppose pas la volonté d’autonomie et le besoin du vivre ensemble. Il ne garantit pas automatiquement et une fois pour toute le bonheur et le salut, mais il en ouvre la possibilité. Sa promesse est sans faille, se veut certaine, mais conditionnée par les possibilités de l’écoute sincère, sereine et attentive, à partir non de la soumission, comme les intégristes et les antireligieux le prétendent, mais dans la responsabilisation. Il s’agit de l’effort paisible, engagé et constant pour faire face au Monde et répondre au monde. Ce n’est point faire l’apologie que de dire que la foi musulmane fondée sur la trame des concepts et repères de la Parole coranique fondés sur la confiance accordée à cette Voix qui transforme les cœurs et les esprits, quant au sens de la vie et de la mort, est un frein contre la détresse extrême qui mène au suicide, avec ses multiples motifs. Ce n’est pas un hasard si, selon toutes les statistiques, le taux de suicide dans le monde musulman, 2 pour 100.000, est en moyenne dix fois inférieur à celui des autres régions du monde, en particulier au regard du taux en Europe 20 pour 100.000. Mais la généralisation du mode de vie imposé par l’Occident, les dérives de la modernité et les contradictions et transformations non maîtrisées de notre époque et tout autant l’ankylose et les instrumentalisations des traditions religieuses sont en train de perturber les fondements de tous les peuples, y compris les musulmans, même si ces derniers sont des dissidents et des résistants singuliers au désordre du monde. Contrairement aux dérives de certaines lectures arbitraires et à l’opposé de tant de discours de la diversion, la Parole coranique n’est pas faite pour que les malades, ou les personnes en voie de l’être, ou les individus en général, ne s’aperçoivent pas de ce qui ne va pas. Bien au contraire, le fait de croire, dans l’horizon précis de la parole coranique, à l’au-delà du monde et de rester à l’écoute de cette Voix qui nous parle aide à la prise de conscience, éveille, transforme et apaise. Il n’y a pas de garantie absolue et préétablie par le seul fait de croire, mais la Parole coranique oriente à la vigilance et à la prudence. Elle éveille, autant que faire se peut, à la vigilance et à la prudence, pour ne pas se laisser éblouir et emporter par le faste du monde et la satisfaction effrénée de nos pulsions et désirs, ou au contraire pour ne pas refuser la vie et se laisser désespérer par sa dureté. La Parole coranique prend en compte la complexité et la fragilité des acquisitions culturelles et religieuses chez les êtres humains. L’effort constant de créativité est requis, sous le signe du souvenir permanent du sens de la vie et de la mort, pour faire face à la difficulté du vivre, aux épreuves et aux incertitudes. Pour cela, par exemple, se souvenir sans cesse, non seulement par les cinq prières par jour, un mois de jeûne par an et une fois dans la vie au moins le pèlerinage, mais aussi dans la plupart des actes et gestes de la vie, seul ou en communauté, par l’intention du cœur et la prononciation du bismillah,dire : au nom de Dieu, il est demandé de se rattacher à l’Auteur de la vie, l’Absolu, celui à qui rien ne ressemble, en sachant que tout n’est pas religieux. Pour tout projet ou intention, il est recommandé de dire si Dieu veut " incha Allah". Le rapport au temps est rythmé par ces principes. L’Islam voit la vie comme un tout, sans pour cela être un totalitarisme. L’acte de foi en Islam n’est pas un acte miraculeux, mais l’air libérateur que l’on respire. Cet acte implique des rapports sociaux ouverts, des rapports à soi, à l’autre et au monde ouverts, sans idoles, ni prétentions à devenir maître et possesseur de l’univers. Pour être musulman, c’est connu, il y lieu de prononcer en connaissance de cause la schahada qui est la clef : « il n’y a pas de dieux sauf Dieu, et Mohamed est son Prophète ». C’est l’acte libérateur par excellence, qui refuse toute idolâtrie, à commencer par celle de soi, et même de Dieu. Refuser, en premier lieu, tout ce qui vient obscurcir notre vie, notre conscience, nos liens et nos relations pour pouvoir accueillir l’ouvert. Refuser tout ce qui vient enfermer et aliéner et qui de surcroît est éphémère et illusoire et rend comme amnésique quant à l’origine et au devenir. C’est comprendre par là que tout est relatif sauf l’Absolu, à commencer par le temps terrestre. Dans le destin d’être mortel assumer la vie et se projeter. Ni refuser Dieu, ni ressembler à Dieu, ni multiplier les dieux. Ni hâter la mort, ni l’oublier ; mais témoigner en toutes circonstances en créature privilégiée, car douée de raison et de liberté, de la faculté à saisir, un tant soit peu, ce qui est, à maîtriser, par la labeur et l’attention, la difficulté du vivre et garder l’horizon ouvert. La rupture du lien avec le divin et la sortie de la religion de la vie, selon l’Islam, amplifient le risque du vivre. Certes la raison seule est capable de garder l’horizon ouvert, de former un être humain civilisé, responsable et épanoui, mais le risque est plus grand de s’engager sur des chemins qui ne mènent nulle part. La foi bien comprise selon l’Islam est un atout, mais ne garantit pas tout, et parfois même peut se renverser en fermeture si notre compréhension de la Parole coranique est figée, démesurée et arbitraire. Le risque du vivre est aussi une responsabilité collective. Ensemble il est moins risqué et moins dramatique de vivre, même si l’épreuve majeure du vivre est liée au rapport à l’autre. Vouloir se suicider c’est se retrouver seul, en rupture avec les autres et avec ce qui nous tient en propre. C’est un échec qui concerne toute la collectivité. L’essence de la vie est d’être en partage. La foi et la raison, l’une et l’autre, peuvent conduire au vrai, au beau et au juste, tout comme, dans certaines conditions néfastes, elles peuvent mener à l’innommable. D’où qu’il y a lieu de préférer toujours un être ouvert à être un fermé. Aujourd’hui, il ne s’agit pas d’être croyant ou incroyant mais d'abord ouvert ou fermé. La foi est une question liée au mystère, du cœur, Dieu guide à sa Lumière, dit le Coran, qui Il veut. Il ne s’agit pas d’opposer la foi et la raison mais de les lier, la vérité ne saurait être contraire à la vérité disait Ibn Rochd. Ibn Arabi relate lors de sa rencontre avec Ibn Rochd un débat lumineux à ce sujet. Ibn Rochd demande à Ibn Arabi si par la raison on peut accéder au vrai et se prémunir? Ce dernier répond « Oui », et le visage du philosophe s’éclaire. Puis un instant après il répond « Non », le visage d’Ibn Rochd s’obscurcit et Ibn Arabi ajoute une phrase à envolée mystique liée au mystère, el ghayb, qui caractérise le moment entre ceci et cela. Oui et non telle est la capacité à vivre heureux ou malheureux, sain ou malade mental, ou entre les deux et à se prémunir de l’aveuglement, de l’enfermement et du suicide. Refuser la démission, la lassitude et assumer la difficulté c’est commencer à honorer la vie par et dans l’ouvert qui rassemble. Cela se traduit aussi, par la fraternité des liens humains et le vivre ensemble caractéristiques de la culture musulmane. La détresse extrême de l’autre dans ces conditions devient une responsabilité collective et peut être dénouée. Le malade mental ou le délirant n’est pas un étrange étranger, mais l’un d’entre nous. Reste à préserver ces acquis, cela n’est pas garanti au vu de l’épreuve du temps et des défis de l’heure. Pr. Mustapha CHERIF, philosophe algérien, www.mustapha-cherif.com
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Défaire les fixations - Pr François JULLIEN |
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Dernière mise à jour de la page: 3 juillet 2009 Défaire les fixations Entre pensée occidentale et philosophie chinoise Pr François JULLIEN, philosophe Professeur des Universités, Université Paris-Diderot, Directeur de l'Institut de la pensée contemporaine
Montpellier octobre 2008 Je suis un intrus dans cette journée Je vous parlerai des fixations de l'individu Mon travail de philosophe : travailler dans l’écart : L’écart de penser entre pensée chinoise et pensée occidentale La pensée chinoise peut nous montrer comment débloquer les fixations pour rendre la fluidité à la vie. Point de départ : la notion de nourrir : elle est élémentaire avant même la naissance. C'est une notion qui est fendue en deux dès Platon : nourrir son corps, nourrir son âme. Platon : la vocation du philosophe est de nourrir son âme par la vérité. L'ordre du corps L’ordre de l’âme La tradition Patristique : - le lait - les légumes : pour ceux qui ne croient pas encore - la chair de l’agneau : pour ceux qui sont proches du salut - Gide : « les nourritures terrestres » La pensée européenne laisse en friche l’espace entre santé et spiritualité, entre médical et psychologique. D'où le courant (le marché économique) du « développement personnel » : Vers les paramédecines, la parapsychologie Mettre à côté (para) ce qui est dissocié. Abondance de sous littérature, de magazines qui prospèrent. Friche entre santé et spiritualité : enfoncer un coin dans cette friche à partir de la notion de nourrir sa vie. Ma vie est mon potentiel vital. En chinois : sin cheng Nourrir sa vie ne signifie pas nourrir son corps ni nourrir son âme. La vie comme capital d'énergie, de vitalité, est à affiner pour le rendre plus fluide. Cette énergie se réifie, se bloque, s'opacifie, devient inerte ; elle se fixe. Il faut rendre fluide ce qui s'est coincé. Nourrir la vitalité qui est en soi. Affiner, c’est aussi rendre subtil. En chinois « ting » la fleur du riz, l'esprit du vin, le sperme. Activer cette vitalité. Quintessencier. Dire ce qui se trouve à l'entre-deux du psychologique et du corps. Le rendre plus alerte et plus en mouvement. Le contraire de la réification ou l'enlisement. Illustration à travers deux dialogues : -Une vieillarde de 90 ans qui a le teint frais d'un jeune enfant. Elle a su désentraver sa personnalité pour la laisser en allant, sans jamais l'user. -Un prince interroge un maître. J'ai entendu dire que votre maître vous a appris ce qu’était nourrir sa vie. Le maître répond : moi, je me suis contenté de balayer à la porte de mon maître. Il ne répond pas car le prince n'est pas capable de comprendre. Il s'agit de laisser l'autre déçu, à gérer la non-réponse. Il faut balayer en soi, c’est une action modeste, tous les jours, au lieu de laisser la poussière s'accumuler. Balayer permet à l'énergie de se manifester. Nourrir sa vie, c’est comme faire paître des moutons. Quand on voit des moutons qui traînent à l'arrière on les fouette. Cette position est différente de celle du pasteur qui mène son troupeau vers la Terre promise. Le pasteur est derrière. Le troupeau est devant, en mouvement. Le pasteur qui voit traîner des moutons les fouette. Qu'est-ce qui traîne en moi ? Ce qui traîne est à fouetter, pour le rappeler à l'ordre, pour continuer à avancer. Les cellules qui se séparent, se cancérisent. Le névrosé est arrêté au lieu que sa vie psychique continue d'avancer. Vivre c'est maintenir en élan, en allant, son potentiel de vie. Que sa vie ne s’opacifie pas. Autre illustration par le prince et l'artisan boucher : La pensée chinoise n'interroge pas l’être. Le Tao est processus, procédure, façon d'opérer. La voie est la recette. La question : nourrir la vie. Le boucher dépèce un boeuf pour le prince : le couteau circule sur un air de ballet. À quoi peut en arriver la technique. Le Tao dépasse toute technique. L'activité se décante, s’affine ; le couteau épouse la constitution interne. Un bon boucher doit changer de couteau tous les ans parce qu'il tranche la chair. J'ai le même couteau depuis plus de 20 ans. Le fil du couteau, à un point d’entremêlement, opère lentement. Après avoir remis mon couteau en état, je le remets dans mon fourreau. Le couteau défait la chair du boeuf en passant dans le vide, dans l’interstice. Son outil peut circuler toujours dans le vide. Contre quoi la lame pourrait-elle s'émousser ? Maintenir dans la circulation, ne pas rencontrer de résistance (en chinois zouang zé) Platon : dans La Métaphysique il y a la description de quelqu'un qui découpe un boeuf. Le philosophe est comme un boucher qui découpe un boeuf. Il sépare les essences des choses par analyse et synthèse, pour trouver les éléments constituants. Il s'agit de respecter les frontières des éléments. Alors que dans la pensée chinoise il s'agit de percevoir au sein de ce qui est le plus opaque des voies de circulation possible. Le rapport âme/corps, le rapport au bonheur. Qu'est-ce que je suis, moi ? Un potentiel d'énergie. Soit je laisse l'énergie entrer en résistance avec tout, en l’usant, soit je laisse l'énergie alerte, ne s’usant pas. Pour Homère le principe de vitalité se sépare du corps à la mort et va dans l’Hadès. Pour Platon le propre de l'humanité est la dualité soma psyché. Énergie, souffle, anima désignent le souffle de vie, ce qui anime, qui a la capacité de vitaliser. La sagesse : laisser l'énergie circulante, animante. La pensée chinoise dérange la notion d'âme et de corps : Ce qui d'énergie en moi s'opacifie Ce qui d'énergie en moi se déploie Plus je m’affine, plus je m'anime. La vitalité ne cesse de se renouveler. Le bonheur : Cette notion est aussi dérangée par la pensée chinoise. En Occident : la finalité de la vie est le bonheur. Fondé sur le pilier de l’âme. Finalité : en vue de ; toute activité en vue de ; toutes les actions tendent vers des fins qui les dépassent. Existence pyramidale de vie tendue vers le Souverain Bien. Daimonia, âme, le bonheur salut de l'humanité. Le bonheur n'intéresse pas la Chine ancienne. Dans la pensée chinoise, le bonheur est une fixation une cible qui fait perdre le côté alerte de la vie. Être en forme veut dire être dans cette vitalité, se satisfaire. Il faut évoluer, rester en souplesse, ne pas se fixer. Être comme un poisson dans l'eau, dans le courant : c'est l'image du « bonheur ». Le bonheur est une fixation dont il faut se déprendre ; rendre la vie à sa disponibilité. Conclusion : 1- En Chine, il n’y a pas la notion de mal : le non bien le mal, ça coince, ça bloque. La voie chinoise ne mène pas : par où ça passe, ça va. Ça ne cesse de passer, il y a du cours qui se maintient en cours. Il n'y a que du coincement de la voie. 2 - Si parler va sans dire : Parlez, mais ne cherchez pas à dire. La parole peut être fixation. Aristote : parler, c’est dire. Dire c'est dire quelque chose. Dire quelque chose c'est signifier quelque chose. Dans la pensée chinoise « ti » signifie : quelque chose, objet du dire. Si le discours n'a pas de « ti »… Le principe de non-contradiction est le support de pensée de la science. Parler est différent de dire, différent de dire quelque chose. Dire à peine. On ne fait que commencer à parler. Confucius commence à parler ; des propos ténus, fins ; des petits coups de pouce qui décoincent. Dire à côté. Dire de biais. Le pinceau de biais. Illustration : un sujet fréquent de concours en Chine ancienne: peindre un monastère : un paysage, des montagnes, des eaux, et sur un chemin un petit moine portant de l'eau. Quelque chose fait signe. Au dire quelque chose, d'Aristote, s'oppose le dire au gré (Mallarmé ; la poésie moderne constituée contre le dire quelque chose d'Aristote) 3 - Disponibilité : C'est une notion faible dans la pensée européenne. Dans la pensée chinoise, la disponibilité est à déployer à l'envers de la fixation. Selon Confucius il y a quatre choses dont le maître est dispensé : - les idées : auxquelles il s'attache, donc sans projections qui se fixeraient - la nécessite : pas de il faut qu'il s'impose à lui. - la position : pas de position dans laquelle il s'arrête. - le moi : pas de moi ; être sans moi donc être sans idées, ça fait boucle. Confucius : l'homme sans qualités : tout reste ouvert, l'existence est ouverte dans tous ses possibles. Mancius disait de Confucius : de la sagesse, il est le moment Il ne se raidit dans aucune position. Une pensée du dehors, chinoise, fait résistance à la pensée occidentale. Elle peut éclairer des aspects de la pratique psychanalytique, que le discours psychanalytique n'éclaire pas. L’attention flottante : expression de la disponibilité. |
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